4- LA TRIADE

  

CAPITAL - TRAVAIL - ECOSENSUS
 

Les problèmes d'approvisionnement énergétique sont apparus dans les articles de journaux internationaux principalement après les "chocs" pétroliers, la controverse sur l'énergie nucléaire et à propos de la crise énergétique éminente. Dans le même temps une nouvelle approche des ressources naturelles et des impacts sur l'environnement était recherchée. Jusque là, peu de scientifiques s'étaient intéressés à l'étude de l'influence des facteurs du milieu ambiant dans l'analyse des systèmes politique et économique. La conséquence immédiate de cette conscientisation nouvelle est la motivation soutenue pour des recherches et des travaux académiques et l'établissement de théories et formules pour résoudre les nouveaux problèmes posés par la nature. 

Tous les développements modernes, bases des révolutions technologiques et industrielles ont été analysés suivant le critère de l'élasticité de l'énergie et du produit national brut, sans considérer les autres élasticités, comme par exemple le prix de l'énergie par rapport au produit interne, à cause de l'hypothèse admise que les ressources naturelles sont infinies et gratuites, comme par exemple les énergies primaires. L'autre élasticité très importante de la consommation énergétique par rapport à l'emploi a été totalement ignorée. 

Mais à cause de la nouvelle vision de la disponibilité des énergies on a conçu logiquement des modèles pour projeter la demande énergétique suivant différents scénarios et les impacts sur l'environnement produits par une politique énergétique déterminée. 

Ainsi sont nés les modèles qui lient le capital, le travail, l'énergie et les matières premières. Les fondements de l'économie moderne, c'est-à-dire la valorisation des activités des hommes, sont la rémunération du capital (coûts des investissements, taux d'intérêt, taux d'actualisation, prélèvements d'impôts sur les revenus, coûts des brevets), la rémunération du travail (productivité, temps effectif passé au travail, spécialisation, retenues sur les salaires) et récemment le payement des matières premières et de l'énergie. 

Dans tous les cas, les études prennent en considération les corrélations entre le capital, le travail, l'énergie et les lois internes de substitution. Par exemple, l'isolement thermique des murs d'une maison (coûts de capital) réduit la consommation d'énergie. La préfabrication et l'usage de robots augmentent les coûts de capital mais réduisent la participation du travail. C'est pour cela que des modèles de demande d'énergie ont été proposés où le PIB n'est pas seul considéré, mais plutôt d'autres critères pour l'analyse des fonctions K.L.E.M. (capital, travail, énergie, matières premières) et des interférences entre les paramètres. 

Ensuite dans le "bloc" énergétique défini, on a cherché les substitutions inter-énergétiques, de demande spécifique d'énergie, de consommation marginale d'équipements en service ou de nouveaux équipements plus efficaces. Il y a eu ainsi plusieurs tentatives de substitution énergétique faites dans le monde comme au Brésil où l'essence automobile a été remplacée par l'alcool hydraté et en France où les dérivés du pétrole l'ont été en grande partie par l'électro-nucléaire. 

Les communications présentées à des congrès et les travaux sur la modélisation, l'économétrie ont des qualités académiques exceptionnelles et de grande création conceptuelle dans la définition des facteurs mais comportent malheureusement une simplification dramatique: la formulation mathématique ne traduit pas la réalité de la participation de l'Ecosensus, de la géopolitique et encore bien moins des facteurs stratégiques nationaux ou régionaux. Nous pouvons vérifier facilement que les méthodes proposées par les chercheurs français: translog, d'élasticité, de substitution constante, et les utilisations adaptées des équations Cobb-Douglas n'ont en rien influencé la politique énergétique de la France. La base du faux problème est toujours la même: on ne calcule pas combien doit être payée la rente de la production des richesses naturelles d'un pays pauvre avec un accroissement démographique élevé et le coût de l'anticipation de l'épuisement des richesses. On n'identifie pas non plus à qui devra être payée cette rente et qui devra la payer pour l'appropriation d'un produit de la nature. C'est pour cela que l'on réduit toujours le problème et simplifie les moyens de résolution même si on tente de changer les méthodes. 



On pense à peine à restructurer l'éducation avec l'introduction d'une nouvelle matière: la gestion de l'énergie. Le Professeur M. Perrut de l'Institut National Polytechnique de Lorraine, à Nancy, a constaté que "les programmes d'éducation technique devront être profondément restructurés dant le but de conscientiser tous les élèves du premier et second degrés. L'adaptation des formations professionnelles et technologiques est une nécessité urgente qui devra être poursuivie dans les entreprises. Cette adaptation sera difficile à cause du poids des structures, du conservatisme et de l'absence presque totale de moniteurs ou de professeurs". 

Nous sommes encore très loin de l'Ecosensus et de la valorisation de l'environnement! L'énergie n'est qu'un des éléments. 
 

POLITIQUE ECONOMIQUE, SANS POLITIQUE ENERGETIQUE NI SOCIALE 

Au Brésil et dans la presque totalité des pays en développement le problème est plus aigu. Il n'existe pas une politique énergétique ni de l'environnement. La gestion est coordonnée par les technobureaucrates qui adaptent les mesures économiques et réglementaires aux conjonctures politiques et démagogiques. C'est pour cela que le Brésil passe de plan en plan de très courte durée, avec le blocage de prix déphasés, un programme nucléaire pour satisfaire des demandes externes, des ouvrages d'art comme les hydroélectriques pour rivaliser avec les oeuvres grandioses des Présidents précédents (Brasília du Président Juscelino Kubitschek), un programme alcool pour renouveler le parc d'automobiles (les usines sont contrôlées, en totalité, par des constructeurs internationaux). Pires que tout cela, sont les mesures prises par les responsables successifs de la planification énergétique, récemment formés dans les universités des pays industrialisés, qui font des projections et qui construisent des modèles énergétiques basés sur des concepts archaïques d'élasticité Energie/PIB et des extrapolations simples. Si la demande d'énergie électrique a crû de 6% par an dans le passé, grâce à un prix subventionné et un PIB dévalué, la projection est faite avec la même croissance historique. Il n'est pas envisagé que l'énergie électrique est grosse consommatrice de capital et pourrait être remplacée pour les nouveaux usages par des énergies disponibles et de faibles investissements. 

Il est intéressant de noter qu'aucun pays au monde, autre que le Japon, n'ait réussi à projeter une demande énergétique avec les modèles académiques proposés. Cela est certainement dû au fait que ce n'est pas l'énergie qui est le troisième côté du triangle K.L.E. (Capital, Travail, Energie), mais l'Ecosensus avec ses énergies fossiles et renouvelables, les matières premières, mais aussi ses forêts, sa protection naturelle grâce à l'effet de serre, ses mers, sa faune et toutes les actions des écosystèmes. 

C'est pourquoi la triade Capital, Travail, Ecosensus mérite une dialectique nouvelle qui est certainement supérieure aux dialectiques capitaliste et socialiste. Elle transcende et résoud la problématique du développement. 

Une représentation symbolique et simplifiée de l'importance des écosystèmes pour résoudre la crise de la civilisation et du développement mondial serait le triangle équilatéral. 

Au début, le monde occidental pré-industriel avait seulement une échelle d'évaluation linéaire. Les conditions sociales étaient les plus importantes: travail, alimentation, habitation, loisirs. Ce monde suivait les lois des grands prêtes sacrés et des philosophes grecs principalement où la sacralisation valorisait les biens échangés dans les temples puis dans des marchés sans prix étiquetés, où le travail physique devait être seulement fourni pas les esclaves, "les outils animés" d'après Aristote. Le travail est ensuite échangé pour un salaire et les biens commercialisés sont marqués par des prix. Aujourd'hui ces prix correspondraient aux coûts opérationnels directement liés à la production. Les sollicitations énergétiques croissantes ont supporté la révolution industrielle qui rapidement, à cause de l'importance des investissements, a provoqué une concentration, l'accumulation capitaliste et l'incorporation dans les prix d'une provision pour la reproduction du patrimoine et si possible son expansion. Les prix intégrent à ce moment la valeur de la sacralisation des temples, ou l'impôt, le coût du travail, l'amortissement du capital ou sa rente, et un bénéfice nécessaire à l'expansion du capital. L'air, l'eau, le bois étaient gratuits. Plus tard, avec la même vision, les capitalistes et les socialistes oublièrent qu'il fallait décompter la rente de la nature et considérèrent que l'énergie en particulier et la rente différentielle de la nature étaient des biens gratuits: le pétrole, le charbon pour les uns, l'eau et l'électricité pour les autres. 

Dans ces conditions, bien sûr, tout se simplifiait et nous voilà réduits à la compétition facile: capital et travail. Deux vecteurs avec des échelles différentes et de sens opposés. Cela permettait, par des guerres, par la colonisation, par la lutte de classes régionale ou mondiale, de régler les problèmes du moment. 

Les contradictions devenaient évidentes des deux côtés; cela était dû évidemment à la neutralisation du troisième partenaire volontairement oublié mais toujours présent (Ecosensus). Les deux compagnons les plus puissants de la lutte de classes se confrontèrent en pays tiers, au Vietnam, et arrivèrent rapidement au "mur nucléaire". Il n'était plus possible de continuer, même sur des bases nouvelles, le conflit linéaire Capital-Travail, capitalisme-socialisme; l'arme nucléaire n'offrait pas comme les précédents tournois une possibilité de projection de stratégie pour le Day after. 

La lutte des classes, c'est-à-dire la lutte entre le capitaliste - savant, professeur, spécialiste, banquier, industriel, rentier - et le travailleur salarié, était une lutte tranquille quand le troisième compagnon, l'Ecosensus, le Tiers Monde, la nature, était immobilisé et dévalorisé. Le "Mur nucléaire" a calmé les deux protagonistes et le choc de la paix forçée a provoqué et a permis la valorisation du pétrole - énergie de la guerre, puisque la lutte armée traditionnelle était terminée et que le pétrole n'avait plus de valeur stratégique. Les seuls prix administrés aux Etats-Unis avant 1973 étaient les prix du pétrole et du gaz naturel. Cette valorisation du pétrole ne suivait pas une loi économique. C'était une réaction normale de valorisation d'une richesse naturelle. 
  

L'ECOLOGIE DECOUVERTE GRACE AUX CHOCS DU PRIX DU PETROLE 

Avant 1973, il y avait eu déjà beaucoup de propositions pour valoriser les biens naturels et les intégrer aux calculs économiques, mais elles étaient restées sans aucun résultat, à l'exception de la création de parcs naturels! 

Voilà que, pour des raisons politiques et non écologiques, les chocs du prix du pétrole vont, comme un "coin" ouvrir la belle "huître" de la lutte de classes pour définir un équilibre nouveau avec trois paramètres Capital, Travail et Energie. C'est très rapidement que l'augmentation du prix international du pétrole va permettre la pénétration du gaz naturel - dont les coûts naturels de production et de transport inviabilisaient jusque là la commercialisation internationale - le pétrole était toujours moins cher - et la construction des gazoducs de la Sibérie à l'Europe, contre le charbon des U.S.A. La rente de la nature était enfin apparente, prélevée et le triangle était formé: il n'y avait plus de lutte à deux, grâce à la simple séparation des deux belligérants. 


  

La nécessité de considérer l'Energie dans les politiques économiques avait déjà été pressentie bien avant la guerre du Vietnam et a été à l'origine de travaux universitaires pour définir les fonctions de substitution entre Capital-Travail-Energie même quand le concept de l'élasticité Energie/PIB était encore acceptable tout simplement parce que l'Energie n'étaient pas valorisée. C'étaient des travaux de chercheurs et de mathématiciens qui n'avaient à aucun moment fait l'hypothèse de donner à l'Energie une valeur intégrant une rente significative. 

La crise dite de l'Energie n'a été qu'un phénomène de rétablissement d'un équilibre par la valorisation normale des énergies fossiles et la considération de l'environnement dans les systèmes économiques classiques qui vivaient sans payer la rente de la nature. Le prix du pétrole a augmenté même avec des réserves prouvées croissant de 30%. En résumé, les économies mondiales ont commencé à admettre que l'énergie ne devrait pas être gratuite et que les réserves n'étaient pas infinies. Les pays se sont alors divisés suivant deux stratégies: les pays qui ont perdu la guerre pour le contrôle du pétrole ont augmenté le prix internes de l'énergie pour développer des technologies de faible consommation (Japon, Allemagne, Italie) et les pays qui ont gagné la guerre ont aussi augmenté leur prix (prélèvement d'un impôt lourd, véritables chocs internes pétroliers) mais pour développer des systèmes de production d'énergie de substitution du pétrole, en pure perte!! La France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Union Soviétique et le Brésil qui a imité les pays vainqueurs. 

La question des impacts sur l'environnement, sur la société et sur les industries est liée très étroitement aux prix relatifs des énergies, à la nature et à l'origine des ressources financières utilisées pour produire de l'énergie nationale, à la balance des paiements et au taux de croissance économique d'un pays. 

Le triangle Capital-Travail-Ecosensus peut être complété par la définition des sommets: au sommet où la participation du Capital et du Travail est réduite, nous trouvons l'Indien: un homme totalement intégré à l'environnement, avec un minimum de Capital accumulé - langue, coutumes, expériences - et sans fournir de Travail salarié. Le sommet correspondant au Capital et à l'Ecosensus réduits est l'esclave: homme totalement utilisé pour sa force de travail, sans capital et avec le minimum de profits dans l'environnement. Au sommet de l'Ecosensus et du Travail réduits, nous découvrons le "Banquier", le savant, le maître, conversant avec des ordinateurs pour spéculer, calculer, capitaliser, accumuler sans loisir dans la nature et sans travail rémunéré. 

Il est évident que toutes les politiques économiques classiques appliquées dans les pays du tiers monde comme le Brésil avec exportation de capital n'ont eu aucun effet parce que le point d'équilibre doit être projeté dans trois directions et non seulement sur le côté "Capital". Il ne peut pas exister de politique économique basée sur le Capital, la monnaie, les taux d'intérêt, les impôts, les taxes industrielles et les royalties à payer pour les technologies sans une politique sociale associée - salaire, habitation, santé, alimentation, loisirs et sans politique de l'Ecosensus - valorisation de l'énergie et des matières premières, de l'environnement global. Tous les plans économiques nationaux et surtout les recommandations du FMI et de la Banque Mondiale sont fondamentalement inefficaces parce que la valorisation du travail des pays néo-colonisés et de la nature ne peut pas être admise par principe par les pays industriels. Cela mettrait en péril leur propre équilibre économique. Le minimum à être fait est la récupération des tarifs d'énergie et du salaire de base. Il est évident aussi que la complexité des mécanismes d'ajustement des trois côtés du triangle oblige à réaliser des politiques nationales sans chocs et avec des plans transparents à longue échéance. 

D. T. Spreng, a examiné les phénomènes de substitution entre le temps libre, l'énergie et l'information parce que même quand l'énergie est chère et restreinte la conservation n'est pas toujours possible. Le temps libre, autre partie importante, est aussi limité et a déjà une valorisation supérieure. Dans la triade de D. T. Spreng les trois éléments Temps-Information-Energie considérés seulement par D. T. Spreng sont en fait des éléments dérivés de la triade principale Capital-Travail-Ecosensus. Information: Capital; temps libre: complément du Travail; Energie: Ecosensus. De la même manière que pour la triade de base K. L. E., D. T. Spreng démontre que n'importe quelle action sur l'un des trois éléments a une influence sur les deux autres, et seulement la technologie, et non le prix de l'énergie, pourra changer les relations de substitution entre temps libre et consommation d'énergie. On revient à la même démonstration précédente par laquelle on constate que les facteurs économiques n'ont que peu d'influence sur la structure industrielle optimum d'un pays et toutes politiques de contrôle de prix, à la baisse ou à la hausse, de l'énergie n'auront aucun résultat si ce n'est de provoquer un déficit dans les comptes de la nation ou de recettes dans la distribution de l'énergie. 

Ce n'est que le changement de technologie qui modifie les relations entre le temps libre et la consommation d'énergie. D. T. Spreng donne comme exemple la réduction de la vitesse maximum instituée pour restreindre la consommation d'essence aux Etats Unis. Cette réduction a eu pour conséquence l'allongement des temps de parcours des travailleurs entre l'usine et leur maison et donc une diminution de leur temps de loisir. Seul le changement du moyen de transport pourra réduire la consommation d'énergie et maintenir, ou augmenter même, le temps libre pour loisir. C'est pour les mêmes raisons que la distribution à prix subventionné de l'énergie hydraulique (dans l'ancienne URSS et au Brésil) et de l'énergie nucléaire (aux USA et en France) n'a pas influencé le changement des relations dans la triade Temps-Energie-Information. Pour D. T. Spreng l'information est l'acquisition de sciences et d’expériences. 

On peut aussi rappeler la déclaration de l'ancien Ministre de l'Environnement Brésilien, Lutzemberger, écologiste réputé: "les recherches et les résultats des découvertes dans la gestion des modèles de gouvernement, n'ont pas considéré que c'est l'écologie qui est le système qui contrôle toutes les politiques, les théories et les tensions mondiales dans un monde en paix. Le monde en guerre n'a pas besoin d'analyser les conséquences des stratégies économiques, politiques et énergétiques". 

Toutes les discussions, conférences, déclarations, sur le développement contiennent toujours une référence à la triade sous des formes similaires. Jorge Wilhem assesseur spécial du Gouverneur de l'Etat de São Paulo, Antonio Fleury, a basé un exposé sur le développement et l’environnement en utilisant l'image du banc à trois pieds: "la croissance, la justice sociale et la préservation de l'environnement. "Le développement doit être stable et supporté". On retrouve les trois secteurs: la "croissance" est la vitesse du Capital, "la justice sociale" la règle pour la classe Travail et la "préservation de l'environnement" est l'action passive de la politique écologique. De même Louis Von Planta, Président du Conseil de Ciba-Geigy a déclaré que "l'industrie aujourd'hui, a compris qu'elle a trois grandes responsabilités: avec l'environnement, les travailleurs et les actionnaires". 

Les trois lois de Akai Morita ont transformé la triade en politiques d'entreprises: 
 

1- créativité d'un produit ou d'un service pour obtenir le bon produit ou le bon service (c'est la     qualité, inhérente à l'Ecosensus); 

2- créativité dans le marché pour vendre son produit à quelqu'un qui a la monnaie et qui veut     l'acheter (bénéfice - rente du Capital); 

3- créativité dans la production du bon produit (Travail efficace). 

 

La triade paraît aussi être la base du concept très complexe du développement durable. Une des réflexions centrales de notre temps et de la conférence sur l'environnement à Rio en 1992 est la conception et l'implantation de l'idée du développement durable. En simplifiant on l'a défini comme un modèle dont les moyens et les méthodes vont tendre à une autolimitation pour la recherche de l'équilibre entre la croissance, la disponibilité des ressources naturelles et le bien-être universel des destinataires présents et futurs des fruits du progrès. Aujourd'hui, la société "consomme" la nature; on doit apprendre à se limiter à l’usufruit de la nature en séparant clairement l'entretien intelligent des ressources naturelles et la dégradation irrationnelle. La "croissance" est une accumulation du PIB (capitalisation), la disponibilité des ressources naturelles est la participation de l'Econsensus, et le bien-être des destinataires du progrés est la réalisation personnelle de l'homme par le Travail. 

La social-démocratie, morte ou moribonde immédiatement après sa création avant la deuxième guerre mondiale a été une tentative pour rencontrer un compromis entre les forces du Capital et du Travail, pour éviter la lutte frontale de classes. Mais il est très facile de percevoir que la social-démocratie n'est qu'une projection conjoncturelle du point historique Capital-Travail-Ecosensus. Le monde est arrivé à un moment où les deux principales classes n'ont pas eu une rénovation dialectique, ni politique, pour intégrer l'Ecosensus. Que représente aujourd'hui la démocratie - philosophie de la production capitaliste libérale - ou le communisme - philosophie de l'égalité des travailleurs - dans l'appropriation de la plus-value? L'Ecosensus a besoin, en plus, de forme nouvelle d'organisation transnationale à cause des répercussions mondiales des politiques - ou antipolitiques - écologiques nationales. La triade aura toujours besoin de l'intervention des spécialistes, inventeurs, scientifiques, qui intégreront les questions économiques, sociales, et de l'environnement pour permettre une plus grande participation du citoyen du monde. La délégation de pouvoir, grâce au vote et à la désignation de représentants n'est plus valable et détruit la démocratie moderne. Le citoyen du monde doit participer au triple contrôle: développement, social, et environnement. 

La plus grande difficulté est que les blocs sont allés jusqu'au bout de la domination de la "monnaie" sous toutes ses formes (même informatisée) et de la valorisation "économique" quand la monnaie et la valeur d’échange ne sont pas des paramètres ni des critères communs des trois côtés de la triade. On sait que les salaires ne représentent pas totalement la rente explicite et implicite du travail de l'homme. On ne sait pas encore - et on ne le pourra jamais - valoriser l'Ecosensus. Tout au plus on a tenté de valoriser le "coût économique" des impacts sur l'environnement et de la pollution. 

La tentative des communistes ou autres représentants de systèmes politiques socialistes avancés a été - sans savoir que cela pourrait être une solution pragmatique dans le cadre de la triade - de distribuer à tous les hommes une rente égale et des conditions de vie égales. Mais, la compétitivité internationale n'a pas permis que ces systèmes résistent aux impacts de toute nature de l'accumulation de richesses du secteur capitaliste. On ne rencontre pour l'instant que des théories pour évaluer "économiquement" les coûts de l'éducation sur l'environnement, de la protection préventive, de la surveillance des pollueurs, des catastrophes et de la rationalisation de la consommation des ressources naturelles. 

Dans le cadre mondial actuel, le Brésil bénéficie de conditions exceptionnelles pour la recherche d'un nouveau modèle. Le Brésil posséde les matières premières, une scène géographique paradisiaque, les forêts les plus importantes et les plus riches du monde en bio-diversité, les fleuves les plus abondants en eau douce, l'unique ressource naturelle critique, et une consolidation fabuleuse de l'optimisme, de la spiritualité, de la paix et de l'association des races. 

Mais il est vrai aussi que le Brésil a des représentants en excès tels des économistes formés dans des universités de pays de cultures dites développées qui exercent des pouvoirs aux centres stratégiques; c’est la pire situation pour un pays riche facilement exploité grâce à la complicité - bien souvent inconsciente - d'illustres nationalistes "programmés". 

Quand des étrangers me demandent des informations sur le Brésil, j'ai toujours une grande difficulté: par où commencer? Je suis en effet convaincu que le Brésil n'est pas un pays comme tous les autres; c'est un pays de civilisation en préparation pour l'exercice d'un "sacerdoce" dans un monde engagé ou forcé à la paix. C'est un continent protégé, plein de caractères originaux, occupé par un peuple souffrant du conflit international mais prêt à assumer un rôle pour la synthèse des propositions politiques mondiales. Il n'a aucune vocation pour la guerre. Il ne peut pas y avoir de doute quand dans le Brésil tout entier - et non seulement dans les favelas de Rio de Janeiro - on observe, on vibre, on pleure, on partage la joie avec des hommes de toutes races et de toutes cultures, en sentant les signes permanents de la nature et l'âme de ce grand pays que certains appellent aussi l'inconscient collectif. 
  
Le Brésil est, heureusement, aussi un pays du Tiers Monde non au sens de misère et de retard dans le développement comme beaucoup de bonnes gens pensent pouvoir ainsi classifier les pays, mais dans le sens d'un pays qui a encore conservé ses richesses, pas seulement matérielles. C'est un pays du Tiers Monde exploité, mais qui vit en symbiose avec la nature et les "esprits". Il est intégré à la paix et à la vie. C'est un pays riche de la troisième classe: l'Ecosensus, développé raisonnablement en caractères capitalistes et Travail. Globalement, - car il existe une différence très grande entre São Paulo et le reste du Brésil - c'est probablement le plus grand pays (150 millions d’habitants) le plus proche du point d'équilibre entre les trois classes ou les trois côtés de la triade, donc le plus avancé sur le chemin de la civilisation, de la paix et du développement durable - qui peut en douter? 

L'hymne national, très différent des marches de guerres des pays industrialisés partenaires dans les conflits mondiaux, est très représentatif de la mentalité et de l'esprit du brésilien: 
 

"Géant par la propre nature ... 
Au bruit de la mer et à la lumière de son ciel profond ... 
Tes beaux champs souriants ont plus de fleurs ... 
Nos bosquets ont plus de vie 
Notre vie, dans ton sein, plus d'amours ..." 

 

Les couleurs du Brésil sont le bleu - représentant le ciel et non la monarchie - le jaune (richesse naturelle), le vert (les forêts) et le blanc (la paix). Le drapeau brésilien est la représentation du ciel étoilé de Rio de Janeiro le jour de la proclamation de la République (15/11/1889). 

Le Brésil n'a pas de grande histoire de guerre ni de révolution et peut être considéré comme un pays modèle de la paix. D'autres continents plus petits n'ont pas connu non plus de guerre interne ou de révolution mais ont participé directement aux conflits mondiaux. Il y a eu des conflits régionaux avant et après l'indépendance (déclarée par le propre frère du Roi du Portugal) et pour la déclaration de la République mais jamais les conflits ne se sont transformés en guerre. La participation du Brésil à la Guerre de 1939-1945 s'est couverte de gloire même en fonction du petit nombre de soldats du contingent engagés, avec un grand patriotisme, partagé avec les alliés. Par contre la communauté a été préservée des massacres que tous les pays ont connu durant, et longtemps après, les hostilités, et que certains pays connaissent aujourd'hui en Europe, Moyen et Extrême Orient. Il n'y a pas un seul brésilien qui ait souffert de la destruction de ses biens et de sa proche famille. C'est pour cela que le brésilien ne connaît que la paix non seulement la paix inter-pays, mais aussi la paix sociale, la paix interne et la paix spirituelle. Il ignore ce que peuvent représenter les conflits qui dévastent encore aujourd'hui le monde. Il souffre cependant de la misère, mère de la violence, que lui impose la géostratégie des pays industrialisés. 

Il est très difficile pour un brésilien, né au Brésil, de comprendre pourquoi le Brésil est peut-être l'unique pays du monde qui peut expérimenter déjà une civilisation de paix et un nouveau modèle de gouvernement. Il pense que tous les pays sont protégés comme le Brésil et qu'ils sont plus disciplinés, plus compétents, plus riches et plus heureux. La crise est mondiale et les événements de fin 80 et de début 90 dans les pays de grande expérience démocratique, capitaliste ou socialiste, démontrent que le Premier Monde et le Deuxième Monde n'ont pas encore découvert le modèle universel: de plus, le déficit systématique de la balance commerciale des Etats-Unis sans pouvoir, comme dans le passé, exporter toute l'inflation et le déficit structurel, annonce des événements de même intensité que ceux que nous avons connus dans l'ancienne URSS. 

La fin de l'histoire est vue par l'économiste Francis Fukuyama comme l'avènement de la démocratie libérale absolue, point d'arrivée de tous les modèles sociaux et politiques expérimentés: tribal, théocratique, monarchie, autocratique, démocratique, marxiste, communiste, autoritaire, fasciste, etc... 

La démocratie libérale devrait se baser selon lui sur la fin des protectionnismes, sur l'ouverture des marchés mondiaux. Des solutions identiques ont été proposées par des économistes de l'Ecole de Adam Smith, Milton Friedman, sans résultat! 
  
Francis Fukuyama veut résoudre la triade - politique, social, économique - en donnant, pour être original, la priorité au politique sur le socio-économique: mais "Il n'y a pas de démocratie sans démocrates". Francis Fukuyama n'a pas noté que la politique n'est qu'une partie de l'Ecosensus et aussi sa simplification est, en fait, pleine de contradictions parce que le politique ne peut se transformer en modèle qu'après avoir associé le social. Ainsi c'est bien la fin de l'histoire, oui, mais la fin de l'histoire à deux partenaires. A cause de la pollution créée par les deux - socialisme et capitalisme - pollution qui intégre aussi la pollution de la misère et de la colonisation du monde, les deux ont été obligés, et seront tous les jours, toujours plus, forcés à valoriser la rente de la nature et provoquer ainsi l'émergence des pays du Tiers Monde - représentation charismatique et mystique de la nature et de l'Ecosensus temporel c'est-à-dire des capacités d'association avec la nature. Le développement durable ne peut pas se faire sans la participation consciente des pays où les richesses naturelles sont encore disponibles. 

Si les pays du Tiers Monde ont encore des taux élevés de maladies d'origines nutritionnelles et infectieuses, le Premier Monde connaît les maladies dites de "civilisation" comme la dépression, la schizophrénie, le suicide, l'alcoolisme, les vices de toutes drogues. Le Brésil est un bon exemple de cette situation. Pays de fort mélange de races il n'est entré en conflit direct avec aucun pays belligérant de la deuxième guerre et se trouve dans une position géographique et géostratégique excellente dans l'hémisphère Sud. Le Brésil a tous les potentiels disponibles pour être le plus grand défenseur de la valorisation de la nature. De tous les pays qui ont participé à la dernière guerre mondiale, le Brésil est l'unique pays qui a conservé tous ses marchés de demande énergétique et de développement industriel de pointe. Toutes les politiques énergétiques des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, du Japon sont déjà très compromises avec le système de contrôle des cartels (énergétiques et industriels) et n'ont pas la flexibilité de la matrice énergétique brésilienne avec ses 65% d'énergies renouvelables. Tous les autres pays ont au contraire un bilan énergétique à 90% d'énergies fossiles. 

Quand les forces politiques gouvernementales abandonneront le mythe de l'auto-suffisance et renforceront les capacités du monopole de l'Union pour garantir l'approvisionnement en pétrole, gaz naturel et charbon d'Afrique et d'Amérique du Sud, le Brésil deviendra le partenaire pragmatique efficace dans le cadre de l'intégration régionale et de la paix. Les autres pays du Premier Monde et du Deuxième Monde sont encore marqués par la guerre et les conflits de divisions régionales, provoquant un esprit de compétitivité aveugle, contraire à la coopération et à l'unification de blocs économiques souhaités. Ce sont des pays obligés à l'autoaffirmation nationale, réduisant les originalités et sans questionner les "règles" parce que les "règles" sont la base obligatoire du temps de guerre, de la discipline, des structures hiérarchiques. 

Le peuple brésilien est très loin de tout cela; il a déjà associé les potentiels de l'africain (Yin pour les chinois) avec ceux du blanc européen, qui avait développé exagérément le côté Yang. D'un côté le brésilien a la sensibilité et l'intuition des nègres venus de l'Afrique et qui ont construit par leur travail - forcé et libre - les bases du Brésil et, de l'autre côté, la logique et la volonté des européens. Le Brésil renferme déjà donc la civilisation de l'évolution vers l'équilibre - Capital-Travail-Econsensus. Aristote et Leopold Senghor, 2000 ans après, ont tenté d'imaginer une civilisation d'hommes qui intégreraient l'intelligence discursive, l'intelligence intuitive, la sensibilité (sensus) et la volonté. On sait que ces qualités dépendent des deux côtés du cerveau. Volonté et logique, gauche, sensibilité et intuition, droit. De plus, l'indien, qui a participé à la formule du "brésilien" et qui continue de jouer un rôle important, est un véritable "joker" dans la restructuration des civilisations parce qu'il est le témoin vivant, le moniteur par excellence de l'Ecosensus; aujourd’hui, dans les mêmes conditions que celles décrites par Polibio de 

Megalopolis, deux siècles avant J.C., auteur des utopies, Etats parfaits, livres d’oppression où l’égalité sociale et économique était réalité (9). 

Il suffit de comparer l'unité brésilienne, les convulsions pour la séparation des états de l'ancienne URSS et les efforts faits pour l'unification européenne pour s'apercevoir qu'une civilisation est déjà en marche alors que d'autres sont encore en phase préliminaire d'auto destruction partielle et de sélection naturelle. Bien avant que la vieille Europe ne commence à faire des tentatives d'unification, l’Europe antarctique existait déjà! de Chui à Oiapoque - villes extrêmes à 4.000 km du Sud et du Nord - avec une seule monnaie, une seule langue sans dialecte, et une seule culture, le début de la constitution d’un corps mystique avec une éthique holistique. Pour l’antropologue, Darcy Ribeiro, le Brésil a déjà été l’inspirateur de Thomas More l’auteur de Utopia. En 1516 le Brésil était l’objet de relations en Europe qui donne un sens à sa thèse. Toutes les sources ethniques nouvelles des pays européens, arabes, orientaux, africains ont été absorbées par le grand "Melting Pot" avec la participation et la culture des indiens originaux. Tous ont abandonné leur langue et n'ont pas eu besoin de défendre leur religion ou leur culture originale pour s'affirmer et se valoriser! La tolérance est le premier principe de cette civilisation de la paix; qui aurait un doute pourrait visiter les villes ésotériques de l'intérieur du Brésil. C'est la valorisation de l'étranger qui le captive et l'assimile. 

Peut-être le Brésil serait la meilleure référence pour tenter d’organiser des structures d'unification européenne et le portugais, qui a fait ses preuves - puisque de tous les pays colonialistes, le Portugal a été le plus petit - devrait devenir la seconde langue européenne pour la communication interne. Tous les étrangers demeurant au Brésil communiquent entre eux en portugais en moins d’une génération. L'autre avantage évident est que le bloc européen pourra, en association avec le Brésil, rechercher un développement durable valorisant ses technologies et commerçant avec l'Amérique du Sud et l'Afrique. 

Plusieurs livres ont déjà été écrits sur l'homme tropical et l'intégration entre Europe et Atlantique Sud. La présence des français, anglais, hollandais, japonais, puis allemands, italiens, arabes au Brésil a déjà mérité diverses publications qui convergent avec le point de vue que la civilisation afro-européenne existe déjà et qu’elle est prête à s'associer à l'Afrique et à l'Europe. 
  

BRESILIEN, HOMME DE MEDIATION 

Durant toute l'histoire de l'homme, la cohésion des systèmes de civilisation a toujours reposé sur l'intervention d'un homme de médiation qui garantissait pendant son temps la circulation des biens, du savoir, des valeurs ou tout simplement l'information. Ainsi en son temps les marchands phéniciens dans l'ancienne méditerranée et les prêtres sacrés égyptiens ont joué ce rôle. Toutes les grandes tensions résultant d'inégalités dans des composants sociaux ou ethniques ont toujours été dépassées par une extension du développement. L'apparition ou la rencontre d'agents en état de remplir la fonction d'intermédiation entre les pôles définis par une discontinuité quantitative historique s'est toujours faite, ce qui permettait aux peuples l'accès à de nouveaux procédés, nouvelles valeurs et en général à une progression du bien-être. 

La tension Nord-Sud, qui est la marque du drame le plus fort que nous avons en fin de ce siècle, pourrait rencontrer un peuple à la mesure des besoins qui se charge d'exercer cette fonction d'intermédiation qui pourrait seule dépasser l'impasse actuelle. Une nouvelle structure pourrait-elle être créée grâce à des réglements de gestion qui rendraient possible le contournement des blocages pour l'évolution du Tiers Monde? Au début des crises généralisées provoquées par des conflits et par le déséquilibre des pays les plus fragiles et les plus pauvres à cause des tensions économiques, culturelles, raciales et stratégiques, quel serait le profil de l'homme d'intermédiation si nous désirons une nouvelle civilisation de la paix? Certainement ce serait un élément qui intégre d'une manière hybride les traits et les caractères qualitatifs des différents pôles en opposition; une espèce de "moyen multiplicateur commun" des deux blocs (le Nord et le Sud) qui devront ne faire qu'une partie du chemin pour se rencontrer dans un nouvel équilibre de relations. A cause de la complexité des différences, source des tensions, comme par exemple les critères économiques, culturels, techniques, etc..., l'homme de médiation devra avoir deux qualités opposées: il devra porter en lui-même les éléments du conflit qui ont généré les confrontations des deux pôles, mais en même temps il devra avoir la voie interne pour rencontrer les solutions et proposer des moyens cohérents, même dans le chaos des relations actuelles entre le Nord et le Sud. 

Dans le contexte établi dans l'économie mondiale après 1965, avec la consolidation de la reconstruction européenne et japonaise, un groupe de pays dits du Sud, induits à intégrer un processus combiné de prêts financiers et de transfert de technologie pour soutenir la croissance du commerce international, ont déjà atteint un niveau d’accumulation de capital suffisant pour être considérés pays de rente moyenne. 

La principale partie de ce groupe se trouve en extrême-orient et est caractérisée par l'adoption de l'intégration intensive de la division internationale du travail, pour satisfaire les marchés des pays du Nord, grâce aux avantages comparatifs offerts par la main - d'oeuvre bon marché et disciplinée. 

Le Brésil, dans l'Amérique du Sud, a obtenu des résultats équivalents mais moins intenses dans son intégration à l'économie mondiale. Ils sont cependant suffisants pour permettre une accumulation de structures qui a modernisé l'état social et technologique du pays. La grande masse de la population a été à la base de l'expansion totalement inédite de la formation d'un système industriel, localisé en grande partie dans l'état de São Paulo, qui crée des tensions identiques dans les pays industrialisés. Cependant cette masse humaine a diffusé la croissance économique dans toutes les régions du continent et a même homogénisé les valeurs de la modernisation des structures. 

Les bases ouvrières de cette impulsion pour la production des richesses ont fini par débloquer l'évolution institutionnelle du régime antérieur à la dictature militaire, dans le sens d'un système ouvert plus proche des sytèmes politiques des sociétés industrielles. 

La diversité ethnique et culturelle du pays, avec approximativement 70% de sa population ayant un antécédent africain, et l'importance des colonies arabe et japonaise confère une possibilité d'ouverture et de relations d'intégration très favorables. L'héritage obtenu des hégémonies des pays latins a apporté une organisation de la société civile et de l'Etat, avec tous les transferts réalisés par les échanges; l'équilibre actuel entre la richesse du pays et sa vocation pour participer à l'évolution de la civilisation moderne accompagne les expériences de l'Europe Latine. 

A l'origine des tensions entre le Nord et le Sud se place la stratégie de la division internationale du travail où les pays sous-développés se spécialisent dans la fabrication de produits de base avec une faible valeur ajoutée. Les structures de coûts définies par les bas salaires et l'énergie subventionnée, associées aux organisations oligopoles de commercialisation et de contrôle des technologies sont les instruments de base pour le drainage des ressources des pays sous-développés et l'amplification des inégalités entre le Nord et le Sud. Même si les médias ne lui donnent aucune importance, la confrontation invisible est le phénomène le plus tragique de la situation politique et économique mondiale. La gravité de la confrontation entre l'Est et l'Ouest, avec ou sans guerre froide, ne réduit pas l'acuité de la tragédie Nord-Sud parce que la répartition des hégémonies des superpuissances se fait en particulier en profitant de la destruction du Sud. 

Le dialogue traditionnel des pays du Nord avec le groupe des 77 n'est qu'une tactique pour reporter à plus tard les négociations plus sérieuses. Après 1973 et avec la performance obtenue par l'O.P.E.P. sur le marché du pétrole, beaucoup de pays ont cru à la possibilité de changement des tendances structurelles de l'économie mondiale et à la fin de l'approfondissement du fossé entre le Nord et le Sud. Ce n'est qu'après le mois de septembre "noir" de 1982 quand le Mexique a refusé de payer sa dette externe que l'économie mondiale a vécu la réalité des relations Nord-Sud. La main ferme du Fonds Monétaire International a frappé sur toutes les économies affaiblies des pays sous-développés, abattues déjà par toutes les calamités de la sécheresse et de la faim, et la bonne conscience morale mondiale est restée totalement muette. 

Dans le plus grand silence, les pays du Sud se courbèrent devant le réalisme de devoir compter sur ses propres forces et de s'associer pour négocier sérieusement et avec compétence avec ceux qui pourront leur accorder des facilités. 
 

LA TRIANGULATION AVEC L'AIDE DU BRESIL

Le Brésil est appelé à jouer un rôle important dans ce contexte pour les raisons déjà commentées mais qui peuvent se résumer par le fait que le Brésil est un partenaire - ayant déjà reçu plusieurs leçons historiques - qui a les conditions d'exercice d'une solidarité politique dans le cadre d'un compromis pragmatique, commercial et d'échange culturel et technologique. 

L'expérience brésilienne de transfert technologique, aussi bien pour les opérations de sélection, d'achat et d'adaptation (tropicalisation) que pour les développements réalisés au Brésil, permet d'offrir aux pays moins développés des transferts avec une transparence dans les méthodes de contrôle et la domination des procédés de fabrication qui inaugurera un nouveau mode dans les relations Sud-Sud. Les pays avec une absence de fabrications nationales rencontreront au Brésil une expérience utile de construction d'indépendance économique grâce à un processus de substitution des importations et à une incorporation de technologies étrangères. 

La grande diversité des produits de haute technologie exportés permet une grande souplesse pour l'adaptation du Brésil au profil de la demande de ses partenaires pour une plus grande intégration. L'économie brésilienne est dans une situation parfaite pour appuyer n'importe quel pays du Tiers Monde, pour promouvoir son industrialisation et sa croissance. 

Même en tenant compte de la maturité, dans les conditions actuelles de l'économie mondiale, des relations Sud-Sud pour des productions autonomes, il est cependant important de considérer un troisième composant qui devra jouer un rôle essentiel; c'est le transfert permanent des technologies de pointe, surtout dans le domaine biologique, des pays avancés. L'exécution de nouvelles opérations dépend de la composition d'actions triangulaires Nord-Sud-Sud. 

De toute manière, le poids historique de la dépendance qui caractérise le développement des pays du Tiers Monde et l'internationalisation des économies post-guerres commandées par les entreprises transnationales ont une influence prioritaire sur les liens des entreprises filiales des sociétés mères du Nord, opérant au Sud. La marque principale du néocolonialisme aujourd'hui est l'ensemble des forces propres des filiales qui s'adaptent au processus social de chaque pays à cause des régles définies et des lois internes. 

Toutes les opérations d'investissements ou de coopération entre les pays du Sud ne peuvent pas ignorer l'influence des marchés du Nord dans ses alternatives et stratégies commerciales. 

La réalisation de programmes, principalement les grands projets, oblige à faire des montages financiers et technologiques pour le choix des matières premières, la définition du marché et du produit et aura de meilleurs résultats avec la préservation de la participation des entreprises et agences des pays industrialisés. Cette triangulation doit être entreprise dans le cadre des relations Sud-Sud et suffisamment bien définie pour préserver un contrôle du processus d'une forme ouverte et juste pour ne pas permettre des inégalités de bénéfices entre les trois partenaires, surtout du Nord. Le pouvoir relatif des pays du Nord dans toutes les sphères d'activités rend extrêmement vulnérables les ponts construits entre pays du Sud, et c'est pour cela que l'égalité des bénéfices doit être préservée. 

Le Brésil est spécialement visé par les relations triangulaires à cause des bases existantes des sociétés transnationales et du vaste potentiel de son marché et de ses ressources naturelles. C’est la force des entreprises d'Etat, détentrices de ressources considérables, de capacité de planification et - l'opération n'est pas négligeable dans la nouvelle stratégie - de développement triangulaire soutenable. 

Beaucoup d'autres caractères du peuple brésilien faciliteront tous les cheminements de coopération Sud-Sud avec le Nord, avec toutes les options de bifurcations. La capacité de la population brésilienne pour se mobiliser pour des réalisations de développement économique ou politiques sans violence est très connue aussi bien que pour les manifestations des fêtes du Carnaval, de Iemanjá (la déesse de la mer fêtée le dernier jour de l'année à minuit) ou sportives. 

Le Brésil est le pays du "sophisme" par excellence, où les sens sont le critère de la vérité, le plaisir est le critère du bien et la force est le critère du droit. Au contraire, l'occident est le monde du syllogisme classique des deux prémisses et d'une conclusion. 

Tous ces caractères d'un peuple de 150 millions de brésiliens, tolérant, multiracial, bénéficiant d'un continent de 8 millions km², avec une surface cultivée de 9% seulement, couvert sur 66% de forêts, sont ceux de l'homme de médiation triangulaire Sud-Sud-Nord. (10) 

 

9. Résumé d’un article de Claudio et Orlando Villas-Boas (1992) Le comportement général de l’indien est d’une personne totalement libre, dans une société qui n’a pas de chef avec une autorité physique. Personne commande personne. Le chef du village est le lien entre le quotidien et le monde extérieur. Sa fonction est essentiellement de conseiller, sans pouvoir de décision ni d’émission d’ordres. Les personnes les plus importantes sont les vieux et les enfants. Les premiers pour être propriétaires de l’histoire, de la langue et des traditions, les seconds pour être proprietaires du monde. Il n’y a pas d’enseignement du père au fils, mais réponses données au fils à ses questions. L’indien vit le présent, il n’accumule pas de richesses parce que quand il meurt il est enterré avec ses biens. La répartition des taches dans la famille est définie: le travail de la femme est apporter l’eau et les produits de la nature, cuisiner le poisson et les légumes, le travail de l’homme est d’abattre les arbres, de planter, chasser, brûler et cuire la viande. Ce qui a le plus de valeur pour l’indien est la terre. La terre est la source de ses traditions, et de sa sustentation. L’indien croit que l’enfant à sa naissance a deux pères: un de la terre, père naturel, l’autre appelé MAIT est le père spirituel, plus important que le premier.

10. Entre 1972 et 1982, période marquée par les deux actualisations du prix du pétrole et le choc des intérêts bancaires, la production brute a connu un taux moyen de croissance de 6,2% quand la population croissait à un taux de 2,5%, c’est-à-dire que le revenu par habitant a doublé en 10 ans. Les augmentations principales ont été les suivantes: production industrielle: +80% ..... terres cultivées: +60% ..... emplois nouveaux: 13 millions ..... enfants scolarisés: +10 millions ..... exportations multipliées par 10, de 2 à 20 milliards de dollars américains.



5 - NOUVELLE DIALECTIQUE DU DEVELOPPEMENT