5- NOUVELLE DIALECTIQUE DU DEVELOPPEMENT

  

Le développement est supporté par le capital et la modification de la capitalisation, ou l'accumulation capitaliste, ne devrait pas provoquer des effets négatifs sur l'environnement: c'est ce que propose le concept de développement durable. En particulier, l'utilisation de technologies de basse consommation énergétique et l'adoption de formes alternatives de production et de consommation pourraient réduire la pression sur l'exploitation des ressources naturelles et l'émission de polluants. 

C'est un concept simple mais nous pouvons voir les difficultés que cela représente. 

Dans le cas de l'énergie par exemple, le principal problème vient d'un dilemme: 
 

- si les prix des énergies fossiles sont maintenus bas - ce que désirent tous les pays industrialisés - la consommation croît et il n'y a pas de motif pour la rationalisation énergétique; la protection de l'environnement est compromise. La demande atteindra rapidement les capacités de l'offre et les producteurs d'énergie n'auront pas les ressources financières suffisantes pour soutenir l'accroissement de la demande. Ils pourront décider d'un réajustement brutal des prix et/ou les pays consommateurs entreront en récession avec des répercussions dramatiques pour les pays du Tiers Monde; 

  

- si les prix des énergies fossiles sont élevés, la consommation restera limitée et l'équilibre entre la demande et l'offre sera maintenu sans choc, sans récession, ni guerre quand les prix ne dépasseront pas un niveau acceptable. Les pays pauvres n'auront pas accès à ces énergies et continueront à rechercher les énergies renouvelables mobilisant un capital intensif, ou seront obligés de détruire les forêts existantes. 

 

C'est ainsi que le budget calculé pour la production de l'énergie renouvelable dans les pays du Tiers Monde atteint 1000 milliards de dollars, quand les disponibilités de la Banque Mondiale sont à peine de 200 milliards de dollars et que tous les pays sont déjà fortement endettés! 

L'environnement est pénalisé par des prix bas et un risque de choc ou de récession menace l'horizon quand tout semble parfait pour le monde industrialisé. 

Il est évident qu'une solution existe: un contrôle international de la distribution des énergies fossiles et le prélèvement d'une taxe de compensation dans les pays consommateurs pour soutenir un prix optimum pour les producteurs d'énergie et de matières premières stratégiques (réserves limitées) et financer les acquisitions de brevets, de procédés et les droits de propriété. Dans le contexte actuel cette solution est encore utopique, parce que tous les pays consommateurs prélèvent déjà 60 à 75% d'impôt sur les énergies fossiles pour soutenir les exportations de produits fabriqués à perte par des secteurs politiquement puissants. Toutes les discussions du GATT traitent de ces protections internes. 

Durant les derniers 20 ans, les coûts appelés écologiques ont provoqué une augmentation des coûts de production de 33% pour les produits pétroliers et de 50% pour l'électricité du réseau. De même, il vaudrait mieux anticiper et prélever une taxe sur la production d'énergie que de tenter de faire payer des amendes aux pollueurs. 

Le partage des énergies fossiles et des matières premières, l'aide au développement de production d'énergies renouvelables et produits alimentaires sont des politiques difficiles, bien sûr, mais c'est probablement le seul et unique chemin du développement durable. La dialectique écologique démontrera que le maintien de la vie dépend de la conscientisation mondiale sur l'importance des écosystèmes et que ceux-ci sont menacés par la tendance actuelle mondiale. 

Si les américains des Etats-Unis arrivaient à réduire la consommation relative d'énergie, les prix du pétrole et du gaz naturel devraient être soutenus avec le payement d'une taxe qui formerait les ressources pour la reconstruction des écosystèmes détruits et la lutte contre la pollution. Des programmes intensifs de plantations forestières, de développement technologique de produits à faible consommation énergétique, de restructuration des systèmes de transport et de communication, pourraient être ainsi financés à taux d'intérêt nuls. 

En particulier la conversion des systèmes de transport automobile en système de transport ferroviaire devrait être réalisée dans un court délai dans les grandes métropoles. 

Les technologies propres restent à développer pour le traitement final des émissions des procédés actuels, pour la substitution des procédés et enfin et surtout pour la substitution des produits de moindre effet sur l’environnement. 

Mais la politique écologique n'est pas seulement la valorisation de l'énergie, des matières premières et la protection de l'environnement. L'écologie est la science du cadre de vie en société, incluant aussi les cultures, les arts, les loisirs au delà de la santé, de l'éducation et de l'information. L'ancien ministre brésilien de l'Environnement José Lutzemberger a appelé l'attention sur les autres composants de l'écologie: "une ample reformulation de la réflexion économique est urgente. On ne peut pas laisser de côté le bonheur et la joie parce que ces choses ne peuvent pas être mesurées en dollars". 

Le franciscain Leonardo Boff promoteur de la Théologie de la Libération, explique dans son dernier livre "Ecologie, Mondialisation, Spiritualité" que les défits écologiques provoquent la théologie "parce que chaque être est un maillon de l’immense chaîne cosmique et que les hommes, depuis 15 milliards d’années, étaient déjà dans le coeur de Dieu". La culture écologique naissante implique un renoncement à la seule société de consommation et une rupture avec la logique de l’utilitaire. L’esprit n’est pas une partie de l’être humain placée latéralement au corps. L’esprit est l’être humain entier et la cité humaine englobe l’environnement. Ainsi suivant un ancien mystique "l’Esprit Saint dort dans la pierre, rêve dans les fleurs, ressent dans les animaux, sait ce que pensent les hommes et les femmes".Cette vision de l’omniprésence cosmique de l’Esprit Saint n’est pas exclusive des chrétiens. Elle est rencontrée dans le zen bouddhiste, l’indien américain et chez tous les penseurs religieux actuels. De même Saint Paul disait dans son discours à Athènes (Actes des Apôtres 71-28): "en Dieu nous vivons, nous nous déplacons et nous existons" . 

On peut rappeler aussi la base de la communication de la tradition chrétienne: la communion, c’est-à-dire, l’acte de partager le Corps du Christ, qui est matérialement présenté comme du pain et du vin, fruits du travail des hommes. 

La définition de l’Islam par Ernest Renan dans une conférence à la Sorbone en 1883 était déjà annonciatrice des difficultés actuelles de comprendre les pays islamiques. "L’Islam c’est l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne du dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait portée. Les premiers siècles de la civilisation née de la prédication de Mahomet ont connu une certaine splendeur parce que l’Islamisme n’avait par alors été capable de faire obstacle à la Science. Depuis, le mouvement scientifique a été étouffé" . On peut se demander quelle science et pour quel développement? 
  

L'EFFET DE SERRE ET LE LOBBY NUCLEAIRE 

Un des plus récents problèmes de la planète est l'effet de serre produit semble-t-il par la mise à feu des forêts tropicales et la combustion des combustibles fossiles. 

Notre biosphère connaît l'effet de serre dès l'origine de la vie sur la terre. C'est la production de l'oxygène dans la mer qui a permis l'apparition de la vie sous-marine après la constitution de l'eau, de la pluie et des mers. La vie sur la terre, par l'évolution des animaux marins, a été rendue possible grâce à une température critique régulée par l'effet de serre. Des animaux marins vivent encore à des températures très basses ou excessivement haute pour des animaux terrestres, mais la terre n'a pas accepté de vie animale à l'extérieur d'une fenêtre de température très étroite. La teneur en CO2 peut avoir une influence sur l'équilibre des transferts de chaleur, c'est-à-dire qu'il pourrait avoir une influence si tous les autres phénomènes restent constants dans leurs effets. Là existe un grand doute. La station soviétique Vostok, dans l'Antarctique a fait des mesures de températures et de CO2 au long de 16000 années qui montrent des variations sensibles et parallèles mais qui ne permettent pas de conclure que c'est la teneur en CO2 qui a provoqué le réchauffement ou le refroidissement de la terre parce qu'on ne connaît pas l'activité solaire et la variation de l'orbite et de l'inclinaison de la terre aux mêmes époques. De plus pour Haroun Tazieff l'effet de serre est dû pour 90% à la vapeur d'eau! Plusieurs autres observations permettent aussi d'imaginer que c'est la variation de la température pour d'autres causes qui a pu provoquer la variation de la teneur en CO2, c’est-à-dire le contraire. Historiquement, on devrait avoir la préoccupation inverse: une chute de température est probable dans les prochains siècles et ce serait plus désastreux qu'une augmentation de la température moyenne. Dans le passé, l'accroissement de la température en certaines régions provoquait des inondations et par conséquent une très grande fertilité des terres pour la joie des peuples qui n'ont pas été décimés par les inondations. Par contre la chute de température provoque la disparition des moissons et des récoltes et le départ des habitants pour envahir par la force les pays voisins. 

L'augmentation de la teneur en méthane produit par les activités agricoles (Riz) et l'élevage supportant le développement démographique cause plus d'effets (30 fois plus) que le CO2 produit par la combustion des énergies fossiles. Le bilan carbone, en gigatonnes par an, de l'atmosphère fait état d'une participation de 1,2% pour l'énergie thermique, 2,5% industries de transformation, 18,5% pour la respiration des sols, 7,4% respiration animale mais de 25,9% pour l'assimilation de la vie végétale et animale. Comparativement, les échanges de l'atmosphère et des océans sont de l'ordre de 75%. 

Les pays industrialisés, capitalistes et socialistes, sont pratiquement les seuls responsables pour l'excès de CO2 de combustion, en commençant par les Etats-Unis à raison de 20 tonnes par habitant et les pays industrialisés avec 14 tonnes par habitant. On comprend difficilement pourquoi le problème des forêts tropicales a fait l'objet d'articles de condamnations des gouvernements impuissants à contrôler les feux, généralement naturels. Les pays en développement participent pour 1 tonne par habitant. 

Les 17 milliards d'hectares de forêt, de cultures, prairies, etc... représentent une capacité d'absorption de 25 milliards de tonnes au minimum ou trois fois le rejet humain annuel de carbone dans le monde. 

Quelle que soit l'analyse faite par des spécialistes objectifs, les conclusions sont les mêmes: les calculs et les prévisions indiquent que la variation de l'orbite de la terre et surtout l'activité solaire auront des effets sur le niveau de la température moyenne supérieurs aux résultat de la combustion des énergies fossiles - presque uniquement du charbon. Le contrôle des émissions des procédés industriels des pays avancés - ciment, ammoniac, entre autres - est l'action la plus urgente à entreprendre. Il est bien sûr intéressant de rationaliser l'utilisation des énergies et surtout de fabriquer des produits à faible contenu énergétique. Toute politique pour faciliter la conservation des forêts est bonne dans la mesure où les populations vivant dans les forêts peuvent bénéficier des richesses contenues et de la biodiversité. 

C'est pour tout cela que nous devons aller au delà de l'analyse primaire des informations sur l'effet de serre et éviter de tomber dans le piège facile de la préservation de la planète par la réduction de l'utilisation des énergies fossiles - pas chères et abondantes. 

En utilisant l'image de la triade, on comprend que toute action sur le social ou le capital entrainera un effet sur la nature. La lutte pour contrôler les technologies énergétiques est une tentative pour conquérir un nouveau pouvoir géopolitique. Dans le passé, c'était la production énergétique par moulins à eau, puis par le charbon, le pétrole et aujourd'hui le nucléaire. La solution offerte pour satisfaire la demande énergétique sans pollution par les détenteurs des cycles nucléaires est évidemment l'électrification généralisée des centres de consommation grâce à une production compacte d'énergie électronucléaire. Cette stratégie aurait un autre avantage: une réduction de la demande de pétrole et en conséquence une chute de son prix de marché. Il est très clair que les pays industrialisés ont besoin de valoriser en urgence et en priorité la technologie et la monnaie (capital) et dévaloriser les produits de la nature (pétrole, charbon, pollution) pour ne pas avoir à payer une rente différentielle. 

L'ambiguité du concept de développement durable est totale. Les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Les produits pétroliers et surtout le gaz naturel pourraient offrir une solution facile pour le développement des pays attardés qui éviterait à ces pays qui n'ont pas de ressources des investissements lourds et la construction des usines nucléaires et des barrages. L'utilisation des énergies fossiles par les pays développés serait une base naturelle pour recueillir un impôt, ou rente différentielle afin de promouvoir le développement accéléré des pays attardés. 

On comprend parfaitement pourquoi les pays les plus industrialisés importateurs et grands consommateurs d'énergies fossiles lancent et soutiennent des campagnes internationales sur l'émission de CO2 des usines thermiques (qui est marginale) et sur la destruction des forêts tropicales (intérêt émotionnel et promotionnel). Ils développent parallèlement des techniques de production d'énergie nucléaire ou de conversion d'énergies naturelles. Il veulent qu'il soit interdit de brûler du charbon, parce qu'ils contrôlent les procédés de liquéfaction du charbon en essence ou gazole. Ils recommandent de ne pas brûler le bois ou l'alcool de canne à sucre parce qu'ils contrôlent les procédés de production de méthanol, MTBE et ETBE pour produire l’essence sans plomb. 

Si l'effet de serre doit être mesuré et contrôlé, si les forêts tropicales ne doivent pas être brûlées, si on doit modifier les procédés de conversion et de rationalisation des énergies et matières premières, on ne doit surtout pas croire aux campagnes démagogiques des blocs industrialisés qui veulent, en défendant l'environnement, pour un impérialisme pas cher ou une colonisation technologique, contrôler les pays qui continuent à posséder les réserves naturelles. Si une action doit être faite, c'est certainement dans les propres pays industrialisés; l'énergie doit être valorisée par des prix et des taxes pour réduire les utilisations excessives et promouvoir des financements à bas faibles taux d'intérêts dans les pays en développement. 

L'insistance des pays industrialisés, détenteurs du cycle nucléaire, pour que le Brésil construise des centrales électriques nucléaires dans le cadre des accords internationaux sur le contrôle des applications civiles et militaires, n'a pour objectif que de vendre une technologie en rendant impossible le développement: autonome d'un cycle civil de moteur nucléaire. 

La déclaration de Stockholm avait déjà dénoncé la dégradation des conditions de vie des pays en développement: "la plupart des problèmes d'environnement est causée par le sous-développement. Des millions de personnes continuent de vivre au dessous du niveau minimum nécessaire pour une présence humaine digne, privées de nourriture, de vêtements, d'abri, d'éducation et de santé". 

La misère règne dans les campagnes, avec une destruction de la nature à cause de la désertification et de la migration vers les centres urbanisés. L'attirance pour la consommation de la société capitaliste des villes amplifie cette évolution, avec une offre d'emploi, sous emploi très mal rémunéré, une illusion d'habitation, en général bidonville, un service social déficient, un sous-monde de drogues, de maladies et d'exploitation par d'autres hommes, une absence totale d'hygiène, une promiscuité qui détruit les familles. 

C'est ainsi qu'une grande hypocrisie prend forme par les aides des pays développés sous forme de dons, d'assistance philanthropique et d'intégration syndicale, c'est-à-dire de toutes ces "charités" faites par les associations des régimes libéraux, les organismes religieux, et les fédérations syndicales. La fin des taux d'intérêts abusifs (23% par an), le payement d'un prix juste ou indexé pour les produits importés seraient les seuls "bienfaits" que les pays développés devraient faire pour ne pas créér les problèmes de misère dans les pays attardés. 

L'objectif final déclaré des prêtes sacrés du capitalisme est la valorisation de l'existence de l'homme sur la terre. C'est même pour cela que plusieurs théories ont déjà été proposées pour évaluer le coût de la vie d'un homme. Les solutions choisies pour investir prennent en compte les coûts, donc la vie doit avoir une valeur comparative. De la même manière sont proposées des valeurs pour les biens de l'environnement. Les rentabilités et les temps de remboursement des capitaux à investir se calculent pour déterminer les périodes économiques favorables: immédiatement, dans 10 ou 40 ans. La vie de l'homme sera sauvée aujourd'hui ou seulement dans 20 ans; tout cela dépend des critères économiques et financiers adoptés. C'est une vision moderne de l'ancienne stratégie militaire qui sacrifiait des soldats au combat pour garantir et protéger la vie des citoyens futurs. C'est la raison de la mise au chômage de milliers d'hommes pour des raisons de rentabilité, comme si le travail n'avait qu'une valeur économique. Il ne faut pas se tromper. La valorisation de l'homme et des biens de l'environnement dans les calculs classiques économiques avec les seuls critères capitalistes nous entraînera naturellement à choisir des solutions de grand gaspillage de vies humaines, d'énergie et de biens naturels pour la seule et toujours unique raison que les valeurs protégées seront la rente du capital c’est-à-dire les taux d'intérêts et la rente de la technologie, c’est-à-dire les droits des brevets et la rémunération du "savoir faire". 

Tout serait différent si un bien, aujourd'hui, avait la même valeur que dans un an! Par les procédés de détermination de solutions suivant l’optimisation économique, un homme aujourd'hui vaut plus de quarante fois l'homme 20 ans plus tard(11) - c'est plus qu'une démographie galopante! Une enquête faite au Etats-Unis a montré qu’on calculait déjà aujourd’hui en comptant qu’une vie valait 8 dans 25 ans et 28 dans 100 ans, c’est-à-dire que la valeur d’une vie humaine avait un taux de croissance de 8,6% par an...Les problèmes relatifs à l'environnement que nous avons rapidement commentés sont cités comme exemples de la démagogie écologique et de l'exploitation politique de la part de personnalités locales ou internationales. Seulement pour illustrer les possibilités de résoudre rapidement les questions fondamentales du Brésil et de l'Amérique du Sud, représentatifs des pays sous-développés où se concentrent des régions de misère absolue, nous désirons présenter des chemins qui pourront être parcourus avec des résultats visibles à l'horizon. Les mêmes chemins peuvent évidemment être adaptés aux autres pays. 
 

TAXE SUR L'ENERGIE ET LES MATIERES PREMIERES 

La première mesure à prendre est l'imposition de l'énergie consommée en valeur absolue et en considérant le facteur d’utilisation. Aujourd'hui dans les pays sous-développés, comme au Brésil, l'énergie et les matières premières sont très peu imposées. Au contraire on taxe la technologie (IPI - impôt sur la production industrielle) puisque la grande partie de la valeur du produit industrialisé est la technologie, directement utilisée dans le procédé de fabrication ou indirectement intégrée à l'amortissement du capital industriel investi. Au Brésil, c'est un problème de mentalité parce que la formation des économistes a été orientée pour la compétition internationale et "pensée" par les économistes des pays industrialisés qui détaxent la technologie et taxent l'énergie. Pour bénéficier des avantages comparatifs, dans les relations internationales les économistes brésiliens pensent que l'on doit taxer à l'inverse. 

La taxation de l'énergie et des matières premières devrait être faite très progressivement pour provoquer sur les prix le même effet que celui obtenu par la réduction des taux d'intérêt et des impôts sur la production industrielle des investissements réalisés pour la conservation de l'énergie, la protection de l'environnement le développement de technologies nouvelles et la création d'emplois: seuls motifs réalistes du désir d’apprendre. 

On inverse généralement les politiques: les déclarations unanimes sont en faveur de la priorité des investissements pour l'éducation. On n’obtiendra jamais des progrès en éducation uniquement en construisant des écoles, des centres d'apprentissage et en payant bien les professeurs et les instructeurs. L'utopie nationale brésilienne est de tout résoudre par l'éducation. L'éducation est conséquence d'une démarche volontaire de l'homme dans une structure de motivation, professionnelle, sociale, culturelle et spirituelle. 

Il est facile et rapide d'atteindre cet objectif, parce que les coûts de l'énergie représentent en moyenne moins de 3% des prix des produits industriels alors que les taux d'intérêts arrivent à peser 15% du prix des produits de rotation rapide et plus de 40% du prix des produits de cycle plus long. C'est pour cela qu'il est impératif de doubler les prix de l'énergie (effet de + 3% en moyenne) et compenser l'effet produit par une réduction des taux d'intérêts annuels réels (de 20 à 16%). De la même manière, on doit augmenter les salaires de base et réduire les taux d'intérêts de la même valeur, sachant que l'effet des salaires a une sensibilité de moitié que celle des taux d'intérêts sur les prix. On peut donc doubler les salaires de base, grâce à la marge énorme des taux d'intérêts pratiqués au Brésil. Facile et rapide sont les deux adjectifs de l'opération. On rencontrera cependant des oppositions de deux ordres. La première viendra des économistes qui pensent que l'inflation est provoqué par le déficit public, et soutenue par les indices de correction des prix. Toute augmentation de prix de l'énergie ou des salaires est vue comme une action criminelle. Sans entrer dans le détail de la rhétorique économique traditionnelle, on peut seulement constater que l'inflation est galopante depuis 1978 alors que le prix de l'énergie et les salaires ont chuté de la moitié en valeur réelle durant les 15 dernières années. 

La deuxième opposition viendra des systèmes bancaires et financiers. Ceux sont les seuls qui profitent de la crise des pays sous-développés. Ce sera difficile de les convaincre qu’un pourcentage est relatif et que le plus grand intérêt n'est pas dans le taux mais sur l'assiette d'application des taux. Rien se sert de surcharger un âne maigre: il vaut mieux charger un cheval de trait. L'économie japonaise a montré que des taux d'intérêts bas sur des opérations actives et dynamiques rapportaient plus et sans risque. 

On devra appliquer les mêmes méthodes pour le système bancaire que celles que les grandes surfaces ont utilisées pour la vente. 

Pour les secteurs où l'énergie ou le travail interviennent avec des taux plus élevés que 3%, on devra concéder des bonifications des taux d'intérêts pour les investissements et même subventionner par un impôt supplémentaire sur l'énergie et les matières premières. C'est le cas des transports avec une participation de l'énergie de 8 à 10% dans les prix. On provoquerait ainsi la rénovation des flottes et l'adoption de véhicules de moindre consommation et de bas indices de pollution, avec en plus une meilleure adaptation aux services à faire. 

L'adoption de cette stratégie élèverait le Brésil dans le secteur des transports à un premier niveau technologique: le transport ferroviaire pour passagers et marchandises. Les voies ferrées brésiliennes sont en effet surtout utilisées au transport de "la mine au port" de produits pour l’exportation. L'existence d'axes déjà importants permettrait le développement de lignes rapides avec des technologies facilement utilisables comme les turbotrains utilisant l'alcool hydraté comme combustible. Les conséquences sont bien connues: réduction des coûts de transport, réduction de la pollution provoquée aujourd'hui par le transport routier de marchandises (70% en poids et à base de gazole), décentralisation des grandes villes, création d'emplois liés à la fabrication des trains et à l'entretien des voies. Les seuls inconvénients sont la stagnation des fabrications de camions, automobiles, pneus, et la réduction de la consommation de gazole. Les lobbies sont très puissants! 

En réalité, la progressivité de l'application des mesures faciliterait la conversion des activités ouvrières et même des investissements dans la fabrication des trains, wagons et voies ferrées. Le résultat sera une décentralisation industrielle de São Paulo et une plus grande participation de l'intérieur du pays. 

Au contraire de ce que beaucoup de responsables du secteur énergétique pensent, l'augmentation du tarif d'énergie n'apporterait pas des ressources supplémentaires pour relancer les programmes de construction de grands barrages et des centrales nucléaires. Les tarifs seraient réajustés pour prélever un impôt pour d'autres finalités: fonds pour la Banque de Développement Economique et Social (prêts à taux réduits), augmentation des salaires du personnel des services publics, etc... L'augmentation des tarifs viabiliserait l'implantation immédiate et rentable des productions combinées d'énergies dans les industries, les commerces et les ensembles du secteur tertiaire. La production combinée de force et chaleur avec des rendements thermiques supérieurs à 80% au lieu de 40% des centrales thermiques supporterait des tarifs plus élevés tout en transférant les investissements du secteur public sur le secteur privé et en réduisant les impacts sur l'environnement. Un tarif de l'énergie plus élevé au Brésil provoquerait une évolution géopolitique de l’Atlantique Sud parce qu'il permettrait l'importation de gaz naturel, "énergie écologique", des pays voisins: Bolivie, Argentine, Venezuela et Trinidade & Tobago, et des pays africains: Nigéria, Cameroun, Algérie et Angola. Il est évident que l'importation du gaz naturel, jusqu'aujourd'hui impossible à cause des coûts de transport du gaz naturel supérieurs au prix de l'énergie électrique subventionnée, faciliterait l'intégration régionale, équilibrée et juste, de tous ces pays de culture voisine. Ainsi, au delà de l'acquisition de gaz naturel, énergie propre, les relations inter-Atlantique Sud auront une application pratique par le transfert de technologie et une évolution des capacités industrielles autonomes compatible avec la croissance des pays. Le principe qui devrait être admis entre le Brésil et les autres pays est l'indexation des prix du gaz naturel sur les coûts des produits industriels, de la protection de l'environnement et non sur le prix des fueloils lourds. 

Ivan Illich avait déjà noté que "l'exercice de la démocratie est indissociable de l'utilisation de technologies de basse consommation énergétique". Le renforcement des démocraties dans les pays de l'Amérique du Sud est lié au tarif de l'énergie qui contrôle, à la fois, l'équilibre des moyens de paiement des Etats, et le développement des technologies de basse consommation énergétique, c'est-à-dire la nature des relations entre ces pays et les pays du centre. 

Si l'on revient à la triade Capital-Travail-Ecosensus, on remarque qu'il est important de concevoir une participation consciente de la société dans les principales décisions qui impliqueront des conséquences sur l'environnement. Les sytèmes politiques dominants adaptés seulement à l'association recherchée entre le Capital et le Travail ne sont pas compétents pour organiser le monde nouveau. Pour le vérifier, il suffit d'analyser la dialectique des partis politiques dans tous les pays et on relèvera les contradictions entre les programmes et la conduite des gouvernements. Parlementarisme, présidentialisme sont des architectures qui, comme des monuments anciens, seront maintenus avec quelques réformes mais sans aucune application dans le pouvoir mondial. 
 

POLITIQUE ENERGETIQUE ET DEMOCRATIE 

Montesquieu, par sa thèse de la division des pouvoirs pour les rendre indépendants a imaginé une triade - Législatif, Exécutif et Judiciaire - pour le gouvernement des nations. Les trois pouvoirs de Montesquieu étaient adaptés à la situation particulière de la France où le pouvoir central était exercé par le Roi dans un système de monarchie limitée. Montesquieu était contre la démocratie - considérée comme une suprématie absolue de la majorité et le concept de base des trois pouvoirs vise à éviter cette démocratie majoritaire qui n'est pas un système libéral; Montesquieu voulait sauvegarder un pouvoir pour le Roi, et c'est pour cela que l'isolement du Judiciaire imposait la réunion dans le Législatif du Sénat et de la chambre des députés. Montesquieu ne pensait pas caractériser les trois pouvoirs réels - dérivés de la triade Capital (Sénat), Travail (Chambre des Députés) et Ecosensus (Cour des Lois). Il désirait seulement conserver un pouvoir pour le Roi. Avant la révolution française, ou retrouvait les trois grandes classes ou Etats: le Clergé, la Noblesse et le peuple, associés au Roi. Le Clergé représentant de Dieu (en réalité, l'usurpation du pouvoir de la nature), la noblesse (aristocratie, pouvoir économique, armée) et le peuple étaient "gouvernés" par le Roi. C'est pour cela que Montesquieu en associant pouvoirs et classes a protégé l'intérêt du Roi par la réunion de la Noblesse et du peuple dans le Législatif, du Clergé et des Juges dans le Judiciaire (les lois civiles, religieuses et de la nature dans le même groupe). Au Royaume-Uni, même opération: un gouvernement du Roi avec un Cabinet (Exécutif) avec les Chambres des Lords et des Communes. En Allemagne, au temps de l'Empire, le chancelier gouvernait avec le Bundesrat et le Reichstag. C'était toujours la même procédure: l'usurpation du pouvoir de la Nature (Judiciaire au sens large ou Cour des Lois) par le Clergé, puis par le noble le plus fort: le roi. Cela explique, en particulier, tous les mouvements révolutionnaires, les incompatibilités naturelles dans le Législatif hybride d'un Sénat, même élu, et d'une chambre des députés élue par les forces ouvrières du peuple. La corruption des pouvoirs par les agents qui ne se reconnaissent pas dans le Sénat et la chambre des députés, c'est-à-dire les héritiers de la noblesse, les militaires, les "maîtres de forges" est la seule voie d'actions: d'où les scandales économiques et financiers et les coups d'état, civils et militaires. Défendre l'indépendance des trois pouvoirs et accepter la désignation des députés, sénateurs, Président de la République, Premier Ministre par le vote directe ou indirect des citoyens est une contradiction fondamentale qui n’est camouflée que grâce au jeu des partis dans une démocratie représentative. 

Même le Général de Gaulle, après le coup d'Etat du 15 Mai 1958 et la transformation de la constitution à son profit avait voulu donner, par une réforme constitutionnelle, aux représentations professionnelles régionales, une participation dans les décisions de l'Etat et pour cela il devait modifier la composition du Sénat. Il a tenté un référendum le 27 Avril 1969, après la contestation générale de 1968, pour changer la désignation des sénateurs et réviser la constitution. L'opinion française n'était pas prête et après le NON, le général s'est retiré. Les politiciens sont encore bloqués sur deux voies: Capital et Travail et ne concoivent l'organisation des partis que pour défendre des combinaisons multiples des deux classes de modes divers, en fonction des pays et des époques, mais toujours avec des objectifs en conflit pour la répartition de la rente, capital privé ou d'état, socialisation de particuliers ou communautaire, planification ou libéralisme. Droite, Gauche, Conservateurs, Travaillistes, Social-démocrate, Démocrate-social, Indépendants, Républicains, etc... sont des étiquettes sur les mêmes velléités. L'apparition des idées écologistes et l'obligation de participer aux débats et aux pouvoirs politiques se sont traduites par la création de Partis Verts qui ont du mal à s'associer avec les autres partis sur des listes communes: la démocratie représentative avec élections à deux tours n'est pas faite pour une organisation autre que celles communales ou départementales qui se maintiennent grâce à la lutte de classes. 

L'obligation d’un gouvernement, exécutif unique pour conduire une nation a rencontré diverses formules: le présidentialisme, un homme élu - directement (comme au Brésil) ou indirectement (comme aux USA) - gouverne le pays avec des ministres désignés par lui-même, la monarchie (héréditaire, Royaume-Uni; élue, France) où le Roi ou le Président de la République désigne un premier ministre qui compose ses ministères, le parlementarisme qui donne au Sénat et à la chambre des députés le pouvoir de désigner le premier ministre. Toutes les idées qui sont à la base des formules viennent de théories politiques du XVII et XVIIIème Siècles et de principes établis sur les droits de la liberté, de l'égalité et de la propriété (vie et biens matériels). Ce sont des lois naturelles. On devrait comprendre que la formule moderne, tenant compte de l'Ecosensus, devrait dépasser le point de vue de Montesquieu et réorganiser les trois pouvoirs pour retrouver l'équilibre véritable qui ne peut pas être une solution entre deux, ou d'une majorité contre une minorité, d'une dictature de la majorité, mais obtenue par une participation de la société dans les décisions d'intérêt régional, national ou international suivant des mécanismes de sélections multi-critères. La démocratie représentative est déjà épuisée et les crises dans tous les pays - surtout les plus démocratiques! - se multiplieront. 

Les moyens de communication - autres forces du Capital - serviront la propagande d'un parti pour gagner la majorité simple et imposer sa politique à la minorité active et à l'autre majorité silencieuse. 

Winston Churchill s'était contenté de remarquer: "en réalité, on dit que la démocratie est la pire forme de gouvernement, mais elle survit à toutes les autres formes qui ont été essayées de temps en temps", dictatures ou présidentialismes. Le journaliste brésilien Wilson Figueiredo, pour sa part, a noté que les formes démocratiques de gouvernement sont assassinées pour éviter qu'elles ne se suicident, en référence à tous les régimes africains et ceux d'Amérique du Sud. 

Adopter la démocratie participative signifie de retourner à la conception de la souveraineté de Rousseau, où le vote de la majorité n'est pas la délégation de pouvoir d'un peuple à un gouvernement mais à l'Etat qui intègre les trois pouvoirs: Sénat, Députés et Judiciaire c’est-à-dire le Capital, le Travail et l'Ecosensus (lois de la nature). Le gouvernement n'est qu'un gérant avec ses secrétaires ou ministres, un agent de coordination, de communication et d'information entre les trois pouvoirs. Le gouvernement ne peut pas être un super-pouvoir avec limites pré-établies et contrôle a posteriori. L'exécution des politiques doit être faite par les organismes spécialisés opérationnels dans le cadre des lois. 

La démocratie participative est donc un système de contrat social où la société peut désigner ou révoquer, à n'importe quel moment avec ses députés, le gérant "secrétaire fédéral". Les agents économiques, militaires, universitaires, les organisations de classes, capitalistes, peuvent également révoquer le "gérant" et participer à la désignation d'un nouveau. La continuité de la vie de la nation est garantie par l'exécution des services par les organismes privés et publics dans le cadre des lois. Pour cela il n'y a pas besoin de fréquence ni de vacances législatives; un des trois pouvoirs a le droit de convoquer les deux autres pour voter les lois-cadre. Le gouvernement, "gérant" désigné, peut se maintenir durant tout le temps où sa gestion satisfait les trois pouvoirs: seuls les membres du Sénat, de la Chambre des Députés et de la Cour des Lois devront être renouvelés périodiquement: les députés par le vote de la société (Scrutin partiel annuel, proportionnel et communal), les sénateurs par une désignation des organismes professionels, confédérations, universités, Armées, avec un équilibre entre représentations professionnelles, culturelles, régionales - les "Juges" de la Cour des Lois représentant les trois Justices: de l'homme, de la société, de l'environnement, par renouvellement partiel des membres de contrôle, de jugement et d'exécution des peines. 

Il ne doit pas y avoir de députés et sénateurs "professionnels" mais des représentants, pour un temps limité, désignés pour voter des lois: la Cour des Lois, ou Judiciaire actuelle avec fonction plus étendue pour la défense des droits de l'environnement au delà des droits de l'homme et de la société, de l'égalité et de la liberté, pour le contrôle de la participation des citoyens et l'exécution des devoirs et obligations légaux. Le pouvoir judiciaire est le rédacteur des lois, à l’initiative du Sénat, qui seront votées par la Chambre. 
 

LE MEILLEUR GOUVERNEMENT DE MACHIAVEL 

Il est très intéressant de constater que Machiavel, dans la théorie des gouvernements "des Discours sur la première décade de Tite-Live", après l'analyse de l'évolution des régimes politiques, était arrivé à un point de vue que les politiques d'aujourd'hui, aveuglés ou hynoptisés, n'ont pas encore retrouvé. Pour lui, toutes les formes de gouvernement - pour lesquelles tant de luttes déchaînées se multiplient en vain - pour être des organisations de l'homme, intégrent les mêmes inconvénients. Machiavel, bien que monarchiste, comptait trois gouvernements possibles: la monarchie - mais elle se transforme en despotisme - l'aristocratie - qui se transforme en oligarchie - et la démocratie qui se convertit promptement en licence. 

"En conséquence, tout législateur qui adopte pour l'Etat qu'il fonde un de ces trois gouvernements ne l'organise que pour bien peu de temps, car aucun remède ne peut l'empêcher de se précipiter dans l'état contraire, tant le bien et le mal ont dans ce cas de ressemblance. Les trois premières formes de gouvernements n'ont pas d'éléments de durée; les trois autres, par le principe de corruption qu'elles renferment ont des inconvénients majeurs". L'histoire après Machiavel prouve qu'il avait déjà raison. La solution qu'il proposait était d'utiliser un modèle qui unit les trois formes (la Synergie des trois pouvoirs): le prince, représentant de Dieu ou de la nature, les grands et le peuple à l'exemple de Lycurgue qui a rédigé les lois de Sparte à l'opposé de Solon qui dicta les lois d'Athènes pour une démocratie populaire et qui n'a pas duré plus d’un siècle. Sparte est restée en paix plus de huit siècles. S'il n'y avait pas en jeu tant de peuples et tant de vies humaines, il serait comique de suivre les péripéties des luttes des "savants" politiques, des maîtres des partis, pour définir les modifications des constitutions au Brésil et dans les pays en formation dans le monde. En réalité il y a une substitution de questions: ce n'est pas la Monarchie, le Présidentialisme ou le Parlementarisme qui est la question principale mais la question unique est celle de l'existence même du pouvoir Exécutif. La Cour des Lois doit remplacer le petit Judiciaire actuel, et le Législatif doit être de nouveau divisé entre le Sénat et la Chambre de Députés. Les trois pouvoirs - figurés historiquement par la monarchie, l'aristocratie et la démocratie - composés pour un gouvernement, sont de la Nature (anciennent pouvoir usurpé par les prêtes sacrés et ensuite par le prince par la grâce de Dieu) de la Mémoire (successivement assumé par les nobles, les aristocrates, les conservateurs, les grands, les savants, les capitalistes de toutes choses) et du Travail (pour longtemps produit par l'homme socialisé). La nature, la mémoire et le travail ont des représentants: les membres de la Cour des Lois, les Sénateurs et les Députés. 

Certains prêchent l'éthique en politique. Il est clair qu’en l'absence des pouvoirs réels, les aristocrates, les managers, les organisations de classes avec leur pouvoir véritable mais sans moyens d'accès au gouvernement, ont une unique action possible: la corruption des pouvoirs non représentatifs. Ainsi, la force des lobbies est une nécessité pour le contrôle externe du gouvernement - la corruption ou l'emploi payé des Sénateurs et Députés est la voie normale pour la présentation et le vote des lois - même les plus justes et les plus utiles. 

De même, l’exclusion sociale d’une grande partie des citoyens de l’économie nationale est le résultat logique du "socialisme démocratique". 

La création d'un pouvoir exécutif parallèle, libre des obligations constitutionnelles, est une obligation naturelle pour les partis politiques qui arrivent ainsi à désigner un Président de la République ou un Premier Ministre indépendamment de l'expression du vote. 

Dans toutes les capitales des pays démocratiques, des milliers de bureaux prêtent des services de "conseils" pour conduire politiquement la nation. Le pouvoir mondial dépasse les pouvoirs de l'Exécutif des pays dits démocratiques. 

L'unique moyen de réduire la corruption, si c'est bien cela que nous voulons, est de remplacer les Sénateurs élus par la représentation directe des organismes de capitalisation économique, culturelle, industrielle, bancaire, commerciale, scientifique, technologique, etc... 
 




Des formes alternatives de participation sont proposés en particulier grâce aux associations civiles et organisations non gouvernementales. C’est la même voie qui a été suivie par les ouvriers et qui a abouti à la création de syndicats qui font double emploi avec les députés si ceux-ci étaient soumis à des règles de participation. 

Le Brésil doit, en 1995, réviser la Constitution de 1989 et pourrait, après l'expérience des gouvernements de Fernando Collor (Exécutif de pouvoir absolu) et Itamar Franco (Exécutif, secrétariat des trois pouvoirs), créer une première application de l'introduction du pouvoir de la Nature et réorganiser les trois pouvoirs avec un premier magistrat, un gérant désigné par les trois pouvoirs réunis, non pour décider et commander, mais pour conduire le développement du Brésil en coordonnant les actions des Etats avec une information et une communication efficientes. Le comportement politique moderne et très avancé du Brésil a préparé cette situation nouvelle. 

Après la publication d'informations sur un pouvoir parallèle de l'Exécutif, le peuple s'est mobilisé au Brésil pour réclamer la création d'une commission d'enquête parlementaire pour juger les liaisons du Président de la République avec des lobbies financiers. Les trois pouvoirs réels apparaîssent: les députés ont décidé par vote de présenter le Président en jugement au Sénat; Le pouvoir judiciaire a rejeté les obstructions au procès et a organisé les mécanismes du jugement. Le Sénat, troisième pouvoir, a jugé le Président et l’a destitué de tous les pouvoirs et de tous les droits politiques. Ce n'était pas les faits de corruption qui sont à la base du procès, mais l'exercice absolu du pouvoir exécutif. Le vice-Président Itamar Franco, même issu du vote soutenu par les forces financières qui ont élu Collor de Melo, assume le gouvernement et appelle les partis politiques et les présidents du Sénat et de la Chambre des Députés pour la désignation des Ministres. Il inaugure la forme nouvelle de gouvernement qui est un super-secrétariat coordonnant les ministres désignés et révoqués par les deux assemblées qui agissent séparément et qui communiquent aux gouverneurs toutes les orientations économiques et politiques qui seront prises. Dès Mai 1993, le Brésil vit déjà avec une forme de gouvernement qui est basé sur les trois pouvoirs réels: Judiciaire (encore limité), le Sénat et la Chambre de Députés. Les lois ne sont pas proposés par l'Exécutif - destitué - mais par les chambres. 

Dans un gouvernement suivant la triade, le Sénat propose les lois, la chambre vote et amende, la Cour des Lois rédige, normalise, contrôle l'exécution par les agents opérateurs des lois votées. Un conseil de gestion désigné par les trois pouvoirs représente le pays et coordonne les informations et les actions des agents opérateurs qui sont les Etats et les municipalités. La fonction de ministre est réduite à celle d’un secrétariat de tutelle et d'intégration. Les meilleurs membres de ce secrétariat pourraient être les Gouverneurs des Etats, dans un premier stade, et ensuite les haut-secrétaires des Etats quand le gouvernement des Etats sera organisé comme la Fédération. 

La conclusion d'Aristote dans son étude des formes de gouvernements est aussi la même que celle de Machiavel plusieurs siècles plus tard. La "Politéia" est une association des trois formes de gouvernement: monarchie, aristocratie et démocratie pour l'organisation du pouvoir de l'Etat coordonné par une assemblée. 

Le manichéisme, ou la division de tout caractère en deux éléments - l'esprit dominé par Dieu, le bien, et la matière dominée par Satan, le mal, a été à la base de la pensée de l'occident jusqu'à nos jours. De même des chrétiens, comme Saint Augustin, manichéiste, néoplatonicien et baptisé à 33 ans, admettent que l'histoire humaine est dominée par les tensions entre la Cité de Dieu et l'Enfer. Cependant d'autres chrétiens comme les Athanasiens affirmaient déjà que le Père, le Fils et l'Esprit-Saint sont égaux et de même substance, concept qui a été adopté en 325 par le Concile de Nicé. C'est pour cela, peut-être, que le développement du christianisme a été très rapide en s’appuyant sur le dogme de la Trinité, ou mystère des/le trois pouvoirs: le Père "intelligence pure sans désir, sans volonté, sans sentiment" comme Aristote avait par anticipation caractérisé son Dieu qui accumule et capitalise la connaissance; le Fils, le corps - agent du travail et nécessairement dépendant de l'entropie jusqu'à la mort, et l'Esprit-Saint, le milieu ambiant des relations internes et complètes entre le Père et le Fils. A l'opposé du concept de la Trinité, toutes les tentatives manichéistes, de subordination de l'humanité des personnes, ont été et seront sans suite comme la division des caractères masculin et féminin, droite et gauche, bien et mal, Capital et Travail. 

De même la division du cerveau en hémisphères droit et gauche par spécialisation excessive de l'éducation occidentale, très bien étudiée par les orientaux et à la base du Tao, équilibre entre le Yin et le Yang, explique la différence de vision des occidentaux et des orientaux et la supériorité actuelle des concepts japonais. 

On sait que l’hémisphère gauche renferme les capacités de logique objective, critique, de généralisation, de prudence et d’intériorisation. L’hémisphère droit observe, est intuitif et imaginatif, travaille sur des idées compliquées, comprend l’extérieur, démontre les sentiments, est en faveur de la conciliation. Par contre il a peu d’intérêt pour le réel, le pratique, le logique. 
 

LE MANICHEISME 

Le plus grand mal de l'humanité (le péché originel en fait) est de qualifier l'homme des caractères Yang et la femme des caractères Yin et d'appeler ces caractères "masculin" et "féminin", laissant une équivoque sur les caractères des sexes. En réalité, on a les mêmes caractères du Capital et du Travail ou les fonctions de demande (mémoire, Capital, Père, cerveau gauche) et d'offre (Travail, Fils, cerveau droit). A cause de cette déformation de base, on forme un homme occidental prédominant Yang, dit masculin, et une femme occidentale prédominante Yin, dite féminine, quand on devrait former comme au Japon, les hommes et les femmes le plus possible dans un équilibre Yin et Yang. 

La race nègre a aussi développé principalement les caractères Yin et c'est pour cette raison que le mélange de races au Brésil a permis à l'immense majorité de brésiliens d'avoir le même équilibre des caractères que certains japonais, et de pouvoir réaliser des ouvrages ou manifestations comme les défilés du Carnaval qui ne sont possibles qu'avec la capacité exceptionnelle de dominer la logique, l'intuition, la volonté et la sensibilité de la civilisation avancée afro-européenne. Comme dans le gouvernement d'un Etat, l'homme devra intégrer les trois potentiels: la connaissance accumulée (expérience - mémoire - savoir), le Travail (production d'offre) et la faculté d'apprécier (jugement, sens) comme dans la triade Capital, Travail et Ecosensus. 

Toutes les organisations humaines avancées, même les plus ésotériques comme les loges maçonniques reconnaissent les trois pouvoirs ou les trois piliers: le savoir (Capital, connaissance accumulé), la force (Travail, force intégrée) et la beauté (esthétique en grec, sensus en latin). 

De même, et malheureusement, la pensée manichéiste, après avoir déformé toutes les civilisations occidentales, a déjà réduit la technologie la plus avancée de notre époque: l'informatique avec la simplification du BIT, information de base des ordinateurs (0 ou 1) du système binaire. Le feed-back pourtant peut-être positif, négatif ou neutre, comme l'information basique de la vie et de la cybernétique qui sont des traitements de différences, d'écarts et du temps. L'immunologie, par exemple, n'est possible que parce qu'elle traite de la défense par anticipation, par l'interprétation de l'écart et de l'intensité. 

Le Yin est le manque (négatif, la Terre). Le Yang est l'excès (positif, le ciel). Le neutre, l'équilibre, est le Teigi-quan. Que seront les ordinateurs de demain? 

Ceux d’aujourd’hui sont encore au niveau de la télévision noir et blanc! 

Dans son livre récent "Histoire de lynx" Claude Levi-Strauss a parfaitement décrit la situation manichéiste: "je ne vois pas dans l’organisation dualiste un phénomène universel résultant de la nature binaire de la pensée humaine. Je constate seulement que les peuples qui ont occupé une zone géographique immense, mais circonscrite ont choisi d’expliquer le monde par un modèle de dualité en perpétuel déséquilibre dont les situations successives s’imbriquent les unes dans les autres... en particulier les pôles sur lesquels s’organisent les phénomènes sociaux et la vie en société ne seront jamais unis: ciel et terre, feu et eau, haut et bas, près et loin, indiens et non-indiens, concitoyens et étrangers". 

Lors d’un séminaire sur "l’éthique et le civisme" l’ancien ministre brésilien de la Justice, Celio Borja, a analysé la capacité de l’homme de percevoir le réel et de projeter une situation future différente. Cependant pour dépasser son état présent et conscient de sa fin il développe ses activités suivant trois ordres normatifs, amoral, éthique et du droit. Pour lui, le plus grand défi actuel est de construir la cité suivant les ordres normatifs à partir de la liberté et non d’une autorité. 

L’ordre amoral suit les règles de la connaissance de la propriété et du pouvoir, c’est à dire de l’accumulation du capital savoir, pouvoir, avoir. Par contre l’ordre de l’éthique oriente directement le comportement de l’homme en référence à une perfection, un absolu. Le travail, au sens large, est son expression. Le Droit est basé sur la réalité des lois naturelles et de l’obligation de s’y soumettre. 

Ainsi le citoyen, après avoir servi la société et l’Etat, respecter le Droit (devoirs) et le capital (amoral) est confronté au développement de l’ordre éthique c’est à dire d’un travail libre dans un plan de référence de perfection, ou de qualité totale. Il n’y a qu’une solution: la recherche d’une vie en équilibre entre les trois ordres. 


11. Taux d’escompte de 20%.




6 - RIO DE JANEIRO 1992