6- RIO DE JANEIRO 1992

 

PERSPECTIVES REALISTES


"Un des principaux résultats à obtenir de cette conférence (1972) provient d'une conscientisation plus grande de la relation qui existe entre le développement et l'environnement (José Costa Cavalcante, chef de la Délégation Brésilienne à la Conférence de Stockholm, 6 Juin 1972). 

 









La fin de la guerre froide et l'obligation de vivre en paix, à cause du risque nucléaire, permettent que les Etats-Unis et la Russie nouvelle développent d'autres formes de relations entre pays, nations, régions et blocs. Dans le cadre international on doit nécessairement gérer les phénomènes mondiaux: la misère, l'effet de serre, les déchets nucléaires, la démographie, les drogues, les nouvelles maladies et les barrières technologiques entre autres. 
 
L'organisation économique mondiale, avec les émissions de monnaie sans étalon, la gestion des réserves et des dettes, ne peut plus répondre aux nécessités du monde moderne. Les déséquilibres ne pourront que s'amplifier, les échanges inégaux continueront de la même façon qu'actuellement et les pays sous-développés auront une charge toujours plus lourde, sans aucun horizon de situation supportable. 

Il ne sert à rien de publier des Encycliques si l'Eglise de Rome, prêchant des changements de comportement historiques, ne se mobilise pas pour changer la vision du développement du monde. La lutte imaginée par la théologie de la libération ne servira aussi à rien! 

La conférence mondiale de 1992, à Rio de Janeiro, devait tenter de préparer une nouvelle dialectique du développement pour permettre un changement des mentalités. Elle a réuni 110 pays et 1845 organisations. 

Les conférences dithyrambiques, les expositions, les débats philosophiques, académiques, et démagogiques n'ont pas fait défaut. La rhétorique mondiale sur le développement par les pays les plus développés est permanente, mais on peut espérer que certaines commissions, personnalités charismatiques, diverses intelligences en déduisent des perspectives d'actions et des orientations qui permettent aux gouvernements, attentifs, de prendre des décisions utiles. 
  

SOLUTION POUR LES DETTES DU TIERS MONDE 

Les problèmes fondamentaux devront avoir une meilleure définition des variables et des facteurs. 

Les premiers problèmes portent sur les modes de recouvrement des dettes externes et la valeur des taux d'intérêts. Il ne peut y avoir de discours écologique vrai si on ne résoud pas le noeud fondamental de la crise et l'injustice du monde. Le cas brésilien n'est pas unique, mais il est représentatif des pays du Tiers Monde exportateurs de matières premières, d'une part, et des pays du Premier Monde qui ont investi dans des programmes alternatifs énergétiques avec déficit commercial croissant (Etats-Unis et Royaume-Uni), d'autre part. 

Par ailleurs on peut aussi noter que quand les prix des matières premières ont chuté, la production des drogues dures a augmenté, et on peut constater qu'il y a une relation directe entre l'intensification de la production de drogues et la réduction des recettes des pays exportateurs de matières premières. C'est le revers de la médaille. 

Le Brésil de son côté a payé 11 milliards de dollars d'intérêts en 1981 et 1982 pour une dette nominale extérieure de 80 milliards de dollars. La détérioration de la valeur d'échange entre les prix des produits exportés et les prix des équipements et des services importés, a été de 50 milliards de dollars entre 1977 et 1982, alors que dans le même temps le Brésil investissait 85 milliards de dollars en programmes d'énergies renouvelables. Pourquoi? Qui a profité de tout cela? 

Il devient obligatoire d'organiser un moyen de compenser ce déséquilibre avec a) un taux d'intérêt réel international réduit constant et garanti: de 1 à 2% par an; b) un réglement pour le calcul des prix des matières premières avec le prélèvement d'une taxe pour alimenter un fond de développement, par exemple 10 US$ pour un baril de pétrole, 20 US$ pour une tonne de cellulose, 5 US$ pour une tonne de minerais, etc... On ne doit pas limiter le prélèvement de cette taxe seulement aux hydrocarbures, telle que la "carbon tax", mais généraliser à tous les produits extraits de la nature. Pour le réglement des dettes externes des pays sous-développés, il est possible de les consolider, dans un premier temps, par une chambre de compensation qui recevrait, d'une part, les créances et, d'autre part, le produit des taxes sur les matières premières. Les dettes actuelles devraient évidemment être révisées pour soustraire les payements déjà faits aux taux d'intérêts flottants au lieu d'un taux réel de 1 à 2% par an. Les dettes devraient également être amorties dans un temps correspondant à la vie des équipements financés - cas des suppliers's crédits - ou pendant la période de vie utile des ouvrages réalisées: restauration de forêts: 30 ans; barrages: 50 ans; usines: 30 ans. Il n'y a aucune raison d'imposer à un pays en développement un amortissement accéléré de dette quand l'ouvrage construit a une durée de vie très élevée; cela provoque un effort démesuré au début et un blocage de mécanismes qui n'apporte aucun bénéfice si ce n'est qu'après l'effort financier de 5 à 7 ans, les investissements réalisés n'ont qu'une valeur résiduelle qui permet de pratiquer des tarifs publics - dans le cas d'infrastructures - anormalement bas. En fait cette opération aura provoqué, dans un premier temps, une inflation structurelle parce que le pays ne peut pas faire face à sa dette sans détérioration de sa monnaie, puis une dévalorisation des services incompatible avec un développement soutenu. 

Un second point est la valorisation du travail de l'homme. Cette valorisation dépasse, en priorité, le propre droit de liberté du travail et les pratiques économiques de contrôle du chômage pour agir sur l'économie. On doit, par principe, concevoir le chômage comme une maladie de la société et la "drogue" la plus pernicieuse. Tout homme doit avoir sa participation assurée dans une vision écosensitive. Il n'est pas difficile de promouvoir des campagnes de récupération des écosystèmes, après avoir réalisé en priorité les programmes de production d'aliments et de répartition pour combattre la misère et la faim qui détruit le Tiers Monde. Comme nous faisions des guerres entre nations avec un gaspillage en vies humaines et en matériels payés par les systèmes économiques, il est évident que l'on peut mieux utiliser les sur plus pour faire également les nouvelles "guerres", utilisant même des alliances multinationales pour combattre la faim et les bases de la misère. Le concept du payement des salaires devra être revu pour valoriser le travail produit dans le cadre d'un développement équilibré dans un écosystème, réduire les inégalités de rente et garantir un salaire de sustentation d'une famille. Le travail doit être valorisé comme "agent" de participation et non comme source énergétique ni base de mémoire. Il ne s'agit pas de faire une révolution pour l'égalité des salaires mais de s'interroger sur la rémunération financière qui ne devrait pas être proportionnelle à la quantité de travail fournie de différentes classes, mais un bonus de réalisation d'une tâche, une fois garanties les conditions de vie. En premier lieu on devrait réduire et annuler tous les impôts sur les salaires reçus pour l'exécution d'un travail. Ensuite on devrait reconsidérer l'échelle progressive des salaires en fonction de l'âge. Pourquoi devons-nous condamner des professionnels de grande expérience à la retraite parce qu'ils coûtent trop cher à l'entreprise? Pourquoi un jeune débutant devrait-il percevoir un salaire 2 à 3 fois moindre qu'un ancien pour le même service, alors qu'il a une famille à fonder et des charges d'établissement et de formation? 

Une révolution importante devra arriver tôt ou tard: le maintien en service des moyens de production le Samedi et Dimanche en réduisant le temps de travail effectif à 30 heures par semaine. On aurait d'une part une meilleure rentabilité des capitaux investis et une meilleure utilisation des capacités humaines disponibles. Cette révolution aura le même impact que l'éclairage des fabriques. 

Des programmes d'habitation et de formation continue devraient être intégrés au développement régional et à la déconcentration urbaine avec la création d'emplois et l'implantation d'infrastructures de répartition démographique. 

Continuant la modification structurelle écosensible, on doit investir dans la biosphère. La première action proposée dans les pages antérieures a été la réduction des taux d'intérêts (côté Capital), la seconde a été sur les salaires (côté Travail), la troisième doit être faite sur l'Ecosensus. Les conférences mondiales pourront organiser des normes internationales pour la protection des écosystèmes - en vain! La première norme à mettre en place pour être appliquée sérieusement est celle en rapport avec la misère. L'homme est au centre de la biosphère et il ne sert à rien de se préoccuper des mers et des rivières, de l'air ou des baleines si on n'est pas capable de protéger un homme pourvu de sens au centre de l'Ecosensus! L'important n'est pas d'équilibrer la roue d'une automobile ou de réduire la pollution du moteur, mais de prendre soin du chauffeur qui la dirige: c'est lui qui possède les sens, moyens de connaissance et d'évaluation de la marche de son automobile. Aristote avait dit que l'homme est un "animal" politique. Le sens politique de l'homme doit être aussi préservé. C'est la base de la biosphère. La misère est toujours vue comme le résultat d'une appropriation de biens d'un homme par d'autres. La meilleure manière de bénéficier d'une situation est certainement de retirer un bien à un frère, à un fils, à un père ou à un proche. C'est pour cela que le troisième pouvoir, le Judiciaire, s'est limité jusqu'à nos jours aux droits de l'homme et de la société avec une vision immédiate. 

La première protection élémentaire de la biosphère est la protection de la famille. C'est-à-dire la protection de la vie durable avec des moyens préventifs. L'information sur le contrôle des naissances dans une famille par l'éducation et non seulement la pratique de moyens contraceptifs, est préférable au recours aux avortement sou à la mortalité infantile. La formation sociale sanitaire et alimentaire est plus efficace que la médecine, la chirurgie et la psychothérapie. La formation professionnelle d'un homme pour fabriquer une ligne et un hameçon est plus importante que de lui donner une ligne et de lui apprendre à pêcher, bien plus que de lui fournir un poisson séché! 

La destruction de la misère dans les pays pauvres ne peut pas être faite en utilisant les pratiques agricoles, forestières, industrielles, d'habitation, marines que les pays industrialisés ont utilisées. Les normes de protection de l'environnement devraient être appliquées d'abord et en priorité par les pays industrialisés plus avancés selon la même vision historique du développement grâce à des richesses naturelles exploitées à bas prix.A quoi servent les conférences pour la protection des forêts tropicales si les pays qui ont détruit leurs propres forêts ne sont pas motivés pour les récupérer en priorité? Pourquoi recommander aux pays en développement, pauvres en technologie et capitaux, d'implanter des programmes d'énergies renouvelables de coût élevé, si les pays industrialisés continuent de consommer sans complexe 80% de la production des énergies fossiles moins chères, sans coût additionnel d'investissement? 

Nous revenons ainsi à la démagogie des discours des pays industrialisés quand leurs représentants - politiques ou académiques - se succèdent dans les conférences, séminaires, forums sur la conservation de l'énergie, la protection de l'environnement, le développement durable et l'effet de serre sans proposer de modification de leurs méthodes de calculs orthodoxes économiques de rentabilité - qui les ont conduits au gaspillage - sans défendre des mesures de déflation entre les monnaies fortes et faibles, sans imaginer des mécanismes de réduction même progressive des taux d'intérêts réels et enfin sans vouloir intégrer les coûts sociaux et de l'environnement, non seulement nationaux mais surtout internationaux. C'est la mise en équation qui est fausse. Rien ne sert de discuter les résultats. 

Les normes contre la pollution n'auront un effet que si, en même temps, on implante les moyens de mesurer toutes les données et si les agressions à l'environnement sont facturées aux responsables. Comme cela ne sera pas fait dans un proche futur, la forme la plus efficace est l'impôt sur la consommation énergétique par exemple, plus élevé pour les énergies fossiles que pour les énergies renouvelables.Cet impôt viendrait s'ajouter aux produits de la taxe sur les matières premières produites. Ainsi beaucoup de pays du Tiers Monde envahis par la misère seraient peu à peu soulagés par une modification des pratiques financières issues de calculs économiques déformés et ces pays pourraient investir en développement, protégés par un système plus juste. 
  

IMPOSER LA RENTE DE LA NATURE 

Cette question de la défense de la biosphère et de l'environnement de l'homme nous fait revenir au triangle et au côté "Capital", avec la modification du concept économique traditionnel considérant le produit de la nature comme un "bien libre" permettant de s'approprier la rente différentielle résultante. La chambre de compensation pour le développement durable et la valorisation des biens naturels, recevant le produit des taxes sur la production et les impôts sur la consommation, aurait les fonds nécessaires pour supporter les programmes de développement et de protection préventive des écosystèmes. La formule du "pollueur-payeur" n'est pas la solution parce qu'elle ne résoud pas la cause qui est avant tout echose une consommation exagérée à bas prix, non seulement d'une énergie ou d'un produit, mais de tous les biens naturels. La lutte contre les drogues se fait encore par une répression. Elle est inefficace et sans résultats. Les mécanismes institutionnels de cette chambre de compensation ne seraient pas plus complexes que ceux utilisés actuellement par la Communauté Européenne pour le prélèvement d'impôts sur les importations de pays externes et l'octroi de bonifications aux productions internes. Sans vouloir démontrer que les ordres de grandeur sont compatibles, chacun peut calculer facilement qu'une taxe sur les productions de matières premières et un impôt sur les consommations de biens naturels - même à un niveau symbolique de un dollar par unité commerciale - représenteraient un fonds annuel de plus de 200 milliards de dollars, exactement le montant nécessaire pour redémarrer le développement des pays attardés et la relance des économies en récession.Après les eurodollars et les pétrodollars, on utiliserait les écodollars! Juste retour à la source. 

Une autre taxe devrait également être prélevée, celle sur le transport de l'homme et des matières premières. Cette question mériterait à elle seule un livre et nous allons seulement la préciser. 

Aujourd'hui, malheureusement, nous pratiquons l'inverse de cette thèse: on impose le transport des produits finis et les pays industrialisés réduisent l'impôt sur le transport des matières premières soit directement soit indirectement pour le jeu de la réduction des impôts à l'importation. A la base de ce concept traditionnel ou retrouve cachée la volonté de provoquer la division internationale du travail et la création de compagnies transnationales dont le centre de pouvoir est hors des règlements des pays à direction politique démocratique. 

La thèse opposée, celle que nous proposons, permettrait au contraire de réduire la division internationale du travail - de valeur factice - et de favoriser des développements régionaux diversifiés avec un contrôle politique participatif. Chaque région aurait plus de facilité de résoudre son développement propre avec les moyens naturels existants, important avec impôts réduits les équipements - produits industrialisés - dont elle a besoin pour réaliser ses objectifs définis par elle-même. La compétitivité ne sera pas faite grâce à la réduction des coûts des matières premières importées. La substitution des importations est un modèle qui a détruit les pays en voie d'industrialisation. Ils devaient en effet rivaliser avec les pays industrialisés qui bénéficiaient de meilleurs prix de matières premières et d'énergies fossiles et qui étaient déjà équipés en infrastructures de communication et de transport. Une lutte inégale perdue d'avance. 

Pour donner une simple idée de la conséquence de l'application de cette thèse nous pouvons prendre l'exemple des "pôles pétrochimiques"ou des zones industrielles. Aujourd'hui, à cause de la déformation des bases d'imposition on assiste à la concentration industrielle et à la création de régions pétrochimiques. Pourquoi? parce qu'il est plus cher pour l'industriel de transporter des produits finis que des hommes ou des matières premières. Ainsi les mégapoles pétrochimiques, l'urbanisation intensive et les zones industrielles provoquent des concentrations de tristes effets sur l'environnement et obligent des millions d'hommes à se déplacer en trains, autobus ou automobiles avec un gaspillage énorme d'énergie, de temps, de loisirs, de relations familiales. Il est actuellement plus économique pour l'entreprise de ne pas transporter sur longue distance des produits quand l'Etat et la société payent pour le transport des hommes, et le traitement psychologique des membres des familles écartelées. 

Une autre conséquence de la taxe sur le transport serait la réduction des transports aériens des chefs d'entreprises et le développement des vidéo conférences, avec des bénéfices évidents sur l'atmosphère, le stress des exécutifs et de leur famille. 

On peut noter qu'il n'y a rien de révolutionnaire en cela. Aujourd'hui déjà les places "économique" sont moins chères que "Exécutif" ou "affaire", c'est-à-dire que les voyages pour tourisme sont payés moins chers que les déplacements pour raison professionnelle. Il suffirait donc de généraliser cette pratique, surtout de ne plus subventionner le transport de masse des ouvriers, et de ne plus taxer le transport des produits finis et des équipements. 

Par contre les opérations d'"Eco-business" sont des formes de récupération de fonds avec des résultats très discutables, en particulier les industries de recyclage, les contrats d'assurance pour se couvrir et éviter des substitutions de produits ou modifications de procédés et surtout la "bourse" des droits à la pollution. Vingt deux mille avocats sont déjà très actifs comme spécialistes en lois sur l'environnement aux Etats-Unis. 

  

  

EPILOGUE